faire de la politique (version 3 du 10 août 2008) Ce texte est un des textes écrits en amont de « [[textes:Pour construire du commun, il nous faut une organisation ouverte]] », qui y fait référence. --- [[personne:Jérôme Desquilbet]] ====== Construire du commun (Jérôme Desquilbet) ====== Il semble que pour certaines personnes, ce qu'il faut faire au niveau organisationnel est évident, clair. Pour moi ça ne l'est pas. Raison de plus pour y réfléchir, ce que je tente de faire ici. ===== Notre diversité ===== On peut constater une grande diversité dans la sphère écolo/altermondialiste comme d'ailleurs généralement à la gauche du PS, avec un certain refus de s'organiser en quelque chose qui ressemblerait à un parti politique, mais aussi des initiatives de création d'« outils » ou de « mouvements » politiques ; on parle aussi de « réseaux », mais tous ces termes ne sont pas forcément clairs pour tout le monde. Il y a de nombreuses raisons pour cette diversité, et des analyses existent et sont à poursuivre. Faut-il dans ce cas vouloir à toute force avancer vers une structure unifiante ? Peut-être est-il préférable de renoncer temporairement à construire une organisation politique globale et formelle quelconque ? Je n'ai pas la réponse, mais dans tous les cas, il me semble utile voire indispensable de travailler à créer ou continuer de créer des liens sur des projets concrets, en participant à la fabrication en cours du terreau d'où ce qu'on ne peut encore anticiper émergera. Ces projets ne sont pas moins politiques, et la manière d'y travailler ensemble devrait ressembler à l'idéal que l'on porte, en particulier porter une haute exigence démocratique. ===== Faire de la politique ===== Des groupes se constituent car ils veulent faire de la politique ensemble (on pourrait élaborer plus sur ce que cela signifie), et à chaque fois, la forme que cela doit prendre est en soi un sujet de débat, légitime. Cela se passe dans un contexte et à une époque où les citoyens refusent la politique sous sa forme traditionnelle, où les lieux de contre-pouvoirs semblent plus attirants que les lieux de pouvoir, et où les militants fuient les histoires d'appareils pour égos surdimensionnés. Le problème est que nous risquons la fragmentation par volonté légitime de refuser le centralisme. Pas mal de raisons expliquent ce refus : mauvaises expériences dans des partis politiques, manque de confiance mutuelle, historiques et priorités différentes. Mais cette fragmentation désespère. Il faudrait donc chercher un équilibre. Il se trouve aussi que nous sommes nombreux à être parties-prenantes de plusieurs initiatives/organisations/réseaux et que nous avons aussi réussi à tisser des liens au cours des années précédentes. Toutes ces initiatives sont légitimes, intéressantes, ont leur propre histoire. En même temps, elles ne sont plus totalement disjointes. Mais la coordination et la confiance, cela ne se décrète pas. Cela se construit. Comment ? Une des pistes est à mon avis de travailler ensemble sur des projets concrets et significatifs, que l'on puisse réussir, en instaurant des liens ou en approfondissant les liens existants. Ainsi, puisque l'approche « par le haut » (//top-down//) semble impossible, - et tant mieux peut-être -, cherchons à construire « par le bas » (//bottom-up//). En résumé, je veux dire que le temps est peut-être venu de //construire du commun//, et même que ce serait la seule façon d'avancer. ===== Comment construire du commun ? ===== Il y a des concepts à travailler. Il faut récupérer, réutiliser ou forger des processus de fonctionnement, des modes de prises de décision et des outils. En tant qu'altermondialistes et écologistes, nous visons des échelles géographiques qui nous empêchent d'envisager de nous déplacer sans arrêt dans des réunions où se rencontrer physiquement. Mais nous envisageons aussi des modes de fonctionnement locaux et conviviaux. Cela fournit des pistes pour du travail commun. Je parle de travail, car il s'agit de fournir des efforts, de passer du temps, pour créer, animer, pas de rester dans le discours ou la juxtaposition de propositions, appels et contributions. ===== Une double proposition concrète ===== Ma proposition concrète est double : * travailler sur des outils au service d'organisations dans la sphère altermondialiste/écolo/gauche-unitaire, c'est-à-dire de groupes politiques visant une démocratie et une écologie radicales ; * écrire le « manifeste alterécologiste » au niveau européen. ==== Outils ==== Le terme « outil » s'entend ici au sens large : il s'agit de briques d'organisation, de processus démocratiques, de modules pédagogiques, de techniques d'animation de réunions, de logiciels Internet, etc. Tout le monde est invité à ce travail, dans une approche constituante, avec les quelques principes suivants : * Les outils et les pratiques sont liés : les deux sont politiques... * Il faut créer, expérimenter, partager. * Le groupe s'appliquer à lui-même ses propres outils (le fonctionnement démocratique que l'on a doit être exemplaire si l'on vise une démocratie radicale). * Il est indispensable de prendre du recul vis à vis de ses propres pratiques. * Il est nécessaire de définir périodiquement ses objectifs. ==== Manifeste ==== Il s'agit de dire clairement ce que nous sommes et ce que nous voulons. Les outils évoqués ci-dessus pourront servir à élaborer ce Manifeste de façon collective. Il y a des allers-retours permanents entre les outils et l'élaboration. ===== Des pistes pour commencer ===== Pour commencer, je pense qu'il faut recenser ce qui existe et l'utiliser au maximum. D'autres articles commencent cette exploration, notamment « [[Open organizations – Organisations ouvertes]] », « [[Appeler, pas si simple]] », et « [[Pour un manifeste alterécologiste]] ». Le groupe qui travaillerait pourrait s'appeler « construire du commun ». Utiliser un verbe tel que « construire » montre que nous nous engageons dans un processus, que beaucoup de choses peuvent évoluer, et le « commun » signifie que nous avons la volonté d'être un collectif utile et de créer des liens. Mais ce nom n'est qu'une proposition. Quel que soit le nom, il s'agit bien d'un groupe politique, qui se constitue dans un contexte idéologique qui n'est absolument pas neutre : celui de l'écologie radicale.