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valeurs et concepts

08/08/2008

Penser pour agir et agir pour penser (Christian Allard)

Généralités

Il faut faire attention : la démarche qui consiste à penser à l’avance, avec trop de précisions, à une organisation à inventer emprisonne l’avenir et borne l’imagination : il ne faut pas refaire les erreurs du passé en se rappelant, par exemple, qu’à force de voir l’avenir avec les yeux de la révolution prolétarienne (en vue de la « dictature du prolétariat »), les marxistes se sont à jamais fermés à cet avenir, tellement préoccupés qu’ils étaient à faire entrer tous les présents dans le prisme de lecture théorique du «père fondateur ».

C’est la pratique, sous-tendue par un solide minimum théorique (les fondamentaux idéologiques) à redéfinir collectivement, qui mettra en place, au fil des mois et années, cette structure. Quelqu’un a écrit : « Pour aller vers le changement et combattre le néo-libéralisme, c’est la réalité que les populations veulent sentir et pas uniquement le discours ». En effet, elles adhéreront à des actions - ou à des idées associées à des actions concrètes - et non plus à des idées isolées de tout contexte, idées qu’elles savent être du verbiage plus ou moins intellectuel et plus ou moins honnête. Ce verbiage démagogique de politiciens carriéristes a - peut être - enfin cessé de faire rêver. Des opérations du genre « coup de poing » juste, super bien argumenté et bien médiatisé feront plus d’adhésions que des tracts inondant des boites aux lettres réelles ou virtuelles déjà bien bourrées…Et les nouvelles occasions pour ce faire arrivent rapidement depuis l’élection présidentielle 2007 (franchises médicales, EDVIGE, suites du Grenelle, EPR, politique extérieure de la France…) et vont se multiplier au fur et à mesure que le système sarkozy se met en place; les débuts d’un tel mouvement seront forcément difficiles et cela pour plusieurs raisons qui se tiennent toutes : le mouvement n’est pas connu ; les médias classiques ne se mobiliseront pas de suite et ce, d’autant plus qu’ils sont de plus en plus « tenus » ; les mots d’ordre ne seront pas toujours en accord avec les soucis du moment des masses, etc. . Il est majeur de prévoir que ce mouvement devra utiliser à la fois les medias modernes et les médias classiques, sachant que les jeunes se tournent de plus en plus exclusivement vers les médias du web qui ont l’avantage de ne pas être encore « tenus » mais qui ont l’inconvénient d’une infinie dispersion.

De par l’appropriation progressive du politique par une minorité élitiste carriériste et politicienne, et la domination des logiques économiques sur les logiques humaines, la juste cause de la Justice Sociale nationale et internationale a depuis bien longtemps besoin d’un mouvement qui soit À LA FOIS mouvement de réflexion et de redéfinition et mouvement d’actions concrètes. Les deux sont impérativement liés car, à l’instar d’une « science sans conscience, ruine de l’âme », l’action sans réflexion n’est que ruine de la Politique. Et inversement, la réflexion sans action n’est que ruine de l’esprit…et de l’espoir. Sans compter que l’action, par son succès ou son échec populaire, est aussi une manière de vérifier la justesse d’une pensée politique sous-jacente, justesse à un temps « t » donné, évidemment. L’action alimente la réflexion, la réflexion alimente l’action. Ce mouvement qui ne doit pas confondre justesse et précipitation, doit s’interdire toute participation aux élections de cette république qui a atteint ses limites - après avoir eu, il faut le reconnaître clairement pour garder du crédit, son utilité historique - et ce, depuis longtemps. Par la suite (5-10-15 ans ou plus), rien n’empêche le mouvement d’être à l’origine d’un parti politique à vocation de pouvoir, mais dans une optique à très très long terme et plutôt proudhonienne : l’ « ordre sans le pouvoir » ; et sans jamais se confondre à lui. En effet, en dehors des raisons philosophiques, sur le plan purement de l’efficacité, ne pas participer aux élections donne toute liberté au contre-pouvoir : les « élections » pour un tel mouvement seront justement ses échecs populaires ou ses succès populaires. Et il est vraiment davantage l’heure du « contre-pouvoir fort » que du « pouvoir mou » et ce, encore longtemps sans doute…

Il ne doit pas être trop difficile de trouver entre tous les membres des réseaux alternatifs, des points communs à redéfinir aux fins de les « fédérer » tous, grâce à une coordination nationale qui saura être ferme et souple à la fois (ferme dans ses principes, souple dans les organisations : une coordination nationale est plus à la fois un rassembleur et un catalyseur d’initiatives qu’un centre de décision, ce qui n’empêche pas les propositions) : un nouveau mouvement de plusieurs dizaines de milliers de membres quasiment de suite est tout à fait réalisable surtout si, rapidement, l’action est au rendez-vous ; et à condition qu’il n’y ait pas trop de dispersion des réseaux comme actuellement.

Les grands principes pour une alter-idéologie

Alors, bien sûr, avant l’action, il faut reprendre - sans s’y perdre- tous les points fondamentaux, les « grands principes »; en voici quelques uns, en vrac :

Tous ces principes et sans doute quelques autres, doivent être précisés ou au moins soulevés, en laissant du temps pour la mise en place de consensus ; le tout sans avoir la crainte de montrer ses divisions ou ses incertitudes (qu’il faut considérer davantage comme des possibilités d’ouverture et non l’inverse) d’autant plus qu’aux yeux des populations , le mouvement existera surtout par ses actions : et c’est pour cela qu’il faudra les construire savamment, les pratiquer régulièrement et l’exemple assez récent de la « pollution » des champs OGM par des « pollens de vie » est brillant mais une « couche » ne suffit pas, il faudra y revenir…

Christian Allard, Vaucluse