À Miremont, les 30 et 31 août 2008
Comme promis, voici la retranscription des débats de samedi matin dernier, pas tout à fait bruts évidemment, car je ne suis pas sténo et il y a eu une part inévitable d'interprétation de ma part de certains propos moins clairs que d'autres.
J'ai pris le parti-pris "éditorial" de ne pas citer les noms des personnes car tout le monde ne s'est pas présenté en tant qu'individu-e ou que membre d'une organisation. Je pense qu'il faut permettre également à ceux qui ont assisté au débat de discuter certains points qui leur ont paru fondamental ou de corriger mes mésinterprétations, raison pour laquelle je fais suivre le texte sur la liste.
Enfin, j'ai rajouté à la fin ma retranscription personnelle de la synthèse de l'atelier de l'après-midi ; la même remarque que précédemment s'y applique. A noter que les caractères en italique dans le texte sont des précisions ou des interrogations de ma part.
Amicalement. — Frédéric Supiot, le 7 septembre 2008, Bruxelles.
Les 5 premières minutes ont été consacrées à circonscrire l'objectif visé. Certain-e-s voulaient diviser la discussion en un débat sur la stratégie générale (mise en pratique des propositions) et un autre sur l'actualité stratégique (que certain-e-s ont appelé «tactique»), finalement, il a été proposé d'avoir un peu de souplesse dans les débats.
Il a d'abord été rappelé que notre objectif est de fonder l'écologie et le social, de produire du sens pour montrer qu'on existe à l'extérieur, exemple de la réductiondu temps de travail (semaine de 4 jours), et de voir quelles sont les positions de la gauche institutionnelle -PS et Verts ont été cités- sur ces questions.
L'accent devrait également être mis sur la différence qu'il y a entre une force institutionnelle et un contrepouvoir.
Puis a été souligné le fait que notre écologie devait être anticapitaliste (Gorz…), qu'aucune force actuelle ne représentait actuellement une telle position, qu'il ne fallait pas attendre 50 ans pour reconstituer une telle force et qu'il nous fallait aller dans le sens de la constitution d'une force politique.
A été nuancé ensuite le fait que l'on ne devrait pas se retrouver seuls contre tous et qu'il fallait se poser la question de nos alliances, en particulier, le fait que l'écologie politique dans les médias, c'est encore Les Verts.
Concernant l'actualité politique immédiate, a été rappelé que le calendrier, c'est Sarkozy qui nous l'impose, que l'opinion est fabriquée par les médias dominants, que la capacité d'adaptation du capitalisme n'est plus à démontrer (exemple du «greenwashing») et qu'il fallait nous rallier aux luttes des masses.
Il a été ensuite dit qu'il fallait éviter de s'enfermer dans des débats purement économiques, que notre projet se situait au-delà, rappeler que la coopération devait primer sur la concurrence et qu'in fine ce qui nous rassemblait, c'était un sentiment de révolte par rapport au système où l'on vit.
Ceci a immédiatement repris au bond par un autre intervenant : il est urgent qu'une nouvelle société émerge, dont l'épicentre se doit d'être écologiste, en ce compris la question de la redisctribution. Le même intervenant, qui a quitté le PS en Midi-Pyrénées en 2004 a précisé qu'on était dans une phase de reconstruction, cf. le NPA, Cohn-Bendit -j'ai perçu l'allusion comme plutôt excluante, sous-entendu «nous ne sommes pas ça»-, et que notre structure devait accepter une forme fédérative où chacun perdrait un peu de soi-même.
L'intervenant suivant -plutôt pessimiste, ce qu'il a reconnu- a souligné le fait que la phase de reconstruction allait prendre du temps, que l'écologie s'était «balkanysée» et qu'il fallait faire le bilan de ce qui avait marché depuis 5 ans dans nos luttes pour définir notre stratégie.
Puis a été repris l'idée que la place du travail dans une autre société devait être un axe central de la stratégie d'une écologie radicale, qu'il fallait clairement établir que le fait que le monde soit limité devait primer sur la ligne de lecture capital/travail par exemple.
Quelqu'un s'est dit ouvert à travailler avec le NPA.
Une personne a ensuite dit qu'elle préférait travailler dans une structure partidaire qu'associative.
Une femme syndicaliste a rappelé qu'ATTAC-France avait opéré un virage écologiste depuis les problèmes de 2006, que notre stratégie devait inclure le désarmement du capitalisme financier, la lutte contre les guerres et celle contre les tares de notre démocratie représentative.
L'intervenant suivant -après des remerciements à AE-Auvergne et une allusion au fait qu'il y avait un rallye moto qui passait à Miremont et qu'on devrait peut-être mener une action contre…- a martelé que nous nous devions d'avoir une ambition dévorante pour notre stratégie : sauver notre planète au centre duquel se trouve l'Homme -l'humanité…- et en finir avec le productivisme. Que ceci impliquait cependant de ne pas mélanger les temporalités multiples auxquelles nous sommes confrontés et que nous devrions peut-être accepter de parler avec les productivistes, et de discuter des échéances électorales.
Une synthèse d'étape a été faite :
Le débat a repris sur l'idée des temporalités, qui ne devait pas exclure l'idée de ruptures, mais que celles-ci devaient être soutenables. En outre, l'inégalité du capital, pas seulement financier, mais aussi social et culturel -Bourdieu- fait que notre message à la fois antiproductiviste et redistributeur doit également être reçu par les victimes du système de production. Enfin, il a été précisé que l'économie solidaire, une des solutions de cette soutenabilité, bien qu'en rupture avec le capitalisme entrepreneurial, devait encore résoudre certaines contradictions, notamment celle du salariat.
Quelqu'un a insisté sur la nécessaire union, sur le fait que c'était un bonus : 1+1=3, mais qu'au moment des collectifs unitaires, un an après la victoire du non au TCE, c'était trop tôt : exemple de Die Linke en Allemagne, où le WASG altermondialiste a mis du temps à se coller au PDS post-communiste.
Puis, une intervenante a précisée qu'elle souhaitait que nous nous posions la question de nos relations avec les institutions et le pouvoir, en prenant position contre le fait de rester à leur marge.
Un historique du capitalisme du XXème siécle a été rappelé : d'un côté le capitalisme «rhénan» (en gros franco-allemand), sous tutelle de l'état et de l'autre l'anglo-saxon (Thatcher, Reagan…) qui a finalement pris le pas et qui est actuellement dans une crise historique avec montée des conservatismes et des nationalismes. Les 125 propositions des collectifs anti-libéraux n'étaient qu'une étape favorisant le premier type de capitalisme et que nous devions encore nous interroger sur quelle société l'on voulait.
L'intervention suivante a précisé que notre objectif politique était la démocratie. Il a repris l'exemple des motos (cf. supra) en expliquant que, dans l'absolu, la proposition d'action devait être débattue.
Ensuite a été dit que nous ne maîtrisions pas l'agenda et que nous devions utiliser le cadre que l'on nous imposait, que les partis étaient en apesanteur sociale, que nous ne savions pas bien encore qui nous étions et que nous définissions à ce stade toujours en négatif.
L'intervant suivant a voulu compléter une intervention (celle commençant par le fait que l'écologie devait être anticapitaliste…), tout en étant d'accord avec les propositions y comprises : il faudrait prolonger les résistances par les contrepouvoirs et créer un forum où seraient élaborés nos concepts et nos actions. Il s'est prononcé contre la redistribution (le mot plutôt que le concept m'a-t-il semblé) et pour la disparition du pouvoir tout en concevant qu'il fallait bien définir un cadre de travail.
Nous nous devrions d'éviter de tomber dans le piège de la temporalité électoraliste a-t-il ensuite été dit, afin d'éviter de retomber dans nos vieux démons. Le forum est jugé comme une bonne idée afin d'élaborer une réflexion pour le long terme. Un de nos objectifs est de vivre mieux.
Puis, interventions principalement interrogative où l'on est revenu sur le problème de la reconstruction d'une force, qui ne devait probablement pas singer Die Linke, sur comment y intégrer éventuellement le monde associatif, sur ce que l'on devait décider concernant les échéances électorales européennes et surtout, quelle devait être notre stratégie en face du rouleau compresseur Sarkozy.
Ensuite, interventionsur les valeurs de notre société : individualisme, consommation…La question des besoins fondamentaux -amour, eau, santé, emploi, salaires, retraites- est posée : comment y répondre? Quelle doit être notre vision sur la lutte des classes?
Intervention plaidant alors contre la stratégie électorale, pour l'abolition du pouvoir, ou, à tout le moins, un pouvoir autogestionnaire.
Le suivant revient sur une intervention antérieure ayant dit que notre projet se définissait plutôt en creux (celle ayant rappelé l'histoire récente des deux capitalismes…), en soulignant que notre projet devait s'inspirer des valeurs positives Gorz et de Marcuse. Sur le plan stratégique, il a insisté sur le fait que notre projet se devait d'être ouvert et que nous devrions tous être dans une logique d'abandon par rapport à sa pureté écologique, et que nous devions également nous insérer dans les luttes populaires, en oubliant parfois un peu notre expertise écologique (par exemple, lâcher parfois un peu de lest sur le principe pollueur payeur : celui qui utilise «un vieux clou» n'a parfois pas le choix…).
Puis, il nous a été dit qu'aucun groupe écolo ne devait être étranger avec notre culture, mais que cependant, on en devait pas cautionner les copains institutionnels qui se retrouvaient dans une position d'expulser un squat…
Le suivant a exprimé l'idée qu'y compris les institutionnels mènent des luttes, parfois à l'intérieur des institutions, qu'il fallait effectivement nuancer le principe pollueur/payeur par le principe de responsabilité : la théorie divise, la pratique rassemble. Le point stratégique central est qu'il y a conjonction de plusieurs crises générant de grandes souffrances, qu'il fallait faire front et ne pas donner quitus aux partisans de la croissance «verte» : là se situe la véritable ligne de clivage entre croissance et décroissance. Quelques principes de base doivent être défendu avec force :
Puis, on est revenu sur la question du calendrier : quel outil ? Quid des échéances électorales ? (Ne pas fixer l'échéance des Européennes car on va se diviser). Que faire de l'appel Politis ? Des collectifs unitaires toujours existants? On retient la proposition de forum.
Proposition : comme les enjeux environnementaux nous amènent à nous reposer la question du social et que les questions de lutte des classes se reposent à la lumière de l'écologie altermondialiste, ne nous baptiserions-nous pas : F.O.R.C.E.S = Front Ouvert de Résistance et de Construction Ecologiques et Sociales ?
L'intervenant suivant est revenu sur l'importance qu'il y avait de s'insérer dans les institutions tout en soulignant qu'il fallait répondre aux urgences, s'insérer dans les luttes (exemple de RESF). Il a exprimé le point de vue que la réponse oui ou non au TCE devait être clivante quant à l'adhésion à notre projet.
Puis, il a été souligné qu'il fallait accepter un mode «bottom-up» de pratique de la démocratie.
La suivante est revenu sur le fait qu'elle avait beaucoup appris quand elle était au PCF : sur les grèves, sur le contrôle des prix et qu'on devrait éviter les oppositions de chapelles.
Une intervention a alors appelé à nous prononcer sur la question du revenu universel d'existence et de la discrimination à l'embauche dans une société ravagée par le chômage et la précarité. Egalement, il a été dit que nous nous devions d'être audible. L'exemple du CPE a été cité : on a d'abord dit «c'est toujours mieux que rien» avant de se rendre compte que c'était une saloperie dans certains milieux : favoriser les forums dans les quartiers populaires.
Le suivant a souligné les limites sémantiques des termes employés : front, forum, parti, coordination…Il est revenu sur les limites de la démocratie représentative : «le pouvoir corrompt». Il a précisé le positionnement original d'UTOPIA, à la fois en dedans et en dehors et du PS et des Verts. Il a appris à beaucoup d'entre nous qu'il y aurait des Alter Ekolo au PS (?!).
Puis a été soumis l'idée que le forum suggéré antérieurement pouvait faire office de sas intermédiaire avant la constitution d'une force ou d'un parti. Il a récusé l'idée que le clivage oui/non au TCE devait être l'alpha et l'oméga de notre projet et qu'il fallait mettre cette question en pointillé.
Le suivant a exprimé un désaccord avec cela et sur le fait qu'il fallait avoir de la mémoire en politique. Il a parié sur le fait que la droite était bien contente qu'il y ait Besancenot, car elle allait s'en servir contre la gauche institutionnelle un peu comme Mitterrand s'est servi du FN contre la droite. Il pense que la gauche est à la fin d'un cycle qui a débuté au milieu du XIXème siècle.
Le débat s'est dissout sur l'interrogation -en référence à l'intervention ayant présenté UTOPIA- que suscitait la possibilité d'un combat de l'antiproductivisme au sein d'organisations comme le PS et Les Verts.
(Frédéric Supiot, Thierry Brulavoine, Charlotte «de Clermont-Ferrand») (merci notamment à Michel Bourgain et à Gilles Monsillon pour leur aide en direct vu le contexte un peu particulier dans lequel s'est fait cette synthèse…)
(synthèse effectuée par Frédéric Pic)
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