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Réflexions sur le Revenu Inconditionnel d'Existence, le travail social et sa souhaitable disparition

L’être humain n’est pas un objet à conformer au désir d’autrui. Il est sujet à informer de la valeur de son être au monde et de son rôle irremplaçable d’esprit pensant selon ses expériences et ses jugements propres toujours différents des autres. Françoise DOLTO

Dans le cadre du travail sur le RIE, envisagé comme outil de transformation sociale, permettant une solution efficace à la question de la pauvreté et de ses conséquences directes et indirectes, une émancipation individuelle et collective, ainsi qu'une relation plus libre et heureuse au travail, on ne peut faire l’économie d’une réflexion critique sur le travail social et ses acteurs ainsi que sur les alternatives possibles.

Je dois au préalable dire que jusqu’à l’âge de 50 ans révolus, l’idée d’avoir un jour affaire de prés ou de loin à un quelconque travailleur social me semblait impossible et totalement surréaliste. Cette hypothèse ne figurait tout simplement pas dans mon système de représentation du monde. Une expérience intensive du chômage et de la précarité m’a obligé à réenvisager la réalité tout à fait autrement. Historiquement le travail social est assis sur deux socles indéboulonnables :

  • le contexte culturel chrétien et ses valeurs de charité et de rédemption à la fois par le travail et par la pauvreté ;
  • le contexte politique monarchique où « le bon plaisir du prince » tient lieu de loi c’est le prince, le roi ou le seigneur qui décide de ce qui sera prélevé sur la collecte de l’impôt pour être reversé au peuple afin qu’il ne périsse pas de faim. Les pauvres sont contraints pour survivre à une dépendance et à un assujettissement total. La mansuétude des puissants s’exerçant de manière sélective envers les « bons pauvres » dociles et travailleurs.

Un postulat de base origine le travail social : la misère et l’injustice sont « fatales ». Il s’agit simplement de les soulager, de manière sélective et sous certaines conditions, mais avant tout de neutraliser leurs effets pour maintenir les apparences de la paix sociale. Les impératifs de la gestion de la pauvreté étant prioritaires à la nécessité de transformer les fonctionnements socio-politiques qui produisent la pauvreté.

Dans le contexte actuel, on peut faire l’hypothèse que le développement du nombre des travailleurs sociaux et de leurs champs d’intervention traduit l’incapacité de la société et des acteurs qui la composent (familles, partis politiques, syndicats, associations) à assumer une réelle solidarité sociale, une défaillance des mécanismes de régulation sociale avec des phénomènes massifs de rejet (handicapés, malades mentaux, vieux, marginaux de toutes sortes) et plus généralement des personnes et populations se situant dans le manque - savoir, argent, conditions de vie, logement, travail, etc…

Cette défaillance du lien social se produit sous l’effet conjugué de l’économisme ultra-libéral et de l’individualisme forcené loin d’être un remède à cette situation la professionnalisation du travail social supprime à la base la notion d’échange entre personnes égales. Le travailleur social intervenant en tiers non plus comme membre appartenant au groupe, il ne s’inscrit jamais dans un rapport de réciprocité et d’entraide.

Ce que reçoit le travailleur social en retour tant en rétribution matérielle, qu'immatérielle (reconnaissance sociale, satisfaction narcissique, pouvoir, etc.) interfère de manière perverse sur son action, d’autant plus qu’il est l’agent bien souvent précarisé et instrumentalisé d’institutions privées ou publiques elles-mêmes soumises à des directives politiques destructrices ou incohérentes… C’est bien sûr de manière caricaturale le cas du secteur de « l’insertion ». Tout revenu aussi misérable soit-il doit être « d'insertion » accompagné de définitions strictes des « bénéficiaires » et des méthodes de contrôle. Ni le jaja, ni la couette, que des pauvres « méritants ». Le deal est toujours le même, perdre son autonomie contre sa survie.

Si l’on prend par exemple la question du logement, le prix de revient des centres d’hébergement et de « réinsertion » (si, si un lit pourri, dans un gourbi sordide et crasseux « est un outil de REINSERTION ») est évalué à environ 1500 € mensuels par personne, bien sur aucun sans-abri ne touche un centime, cet argent est pour « l'insertion », les associations et les travailleurs sociaux qui encadrent et surtout contrôlent… La « lutte » contre le chômage coûte très chère (avec les succès qu’on connaît) : indemnités, fonctionnement des services, salaires des employés, 1500 € environ par mois et par tête de chômeur dépensés mais pas redistribués. On peut faire les mêmes calculs avec le RMI (dispositif particulièrement inefficace) que de toutes les actions sociales : indemnités, coûts de gestion, des dossiers, des services, des dispositifs d’accompagnement, fonctionnement des associations, des travailleurs sociaux etc. Plus tout l’argent du contrôle…

Le RIE me semble le seul outil efficace pour :

  • éviter cette gabegie de dilapidation de l’argent public en pure perte ;
  • sortir du développement d’une misère archaïque et du cercle infernal de l’exclusion sociale ;
  • permettre l’autonomie des personnes et faire cesser la dépendance et l’humiliation ;
  • accéder collectivement à une éthique de co-responsabilité basé sur la réciprocité, le partage et l’échange ou chacun est à la fois donneur et receveur.

La difficulté pour envisager l’instauration du RIE, c’est de dissocier le couple travail-revenu et cette difficulté extrême pour imaginer une alternative au travail et à sa sacralisation par les politiques, les curés, les patrons, les chômeurs, les ouvriers, Jésus, Marx et les siens en dit long sur l’impuissance à raisonner en dehors du regard de l’oppression, de ses catégories, de sa logique et de sa morale.

Marina Casalegno

fonctionnement/gt/revenu_travail/espace/travail_casalegno.txt · Dernière modification: 2008/11/11 17:44 par ekolo.ir
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