Traductions de cette page?:

méthodologie pour la démocratie

Ce texte est un des textes écrits en amont de « Pour construire du commun, il nous faut une organisation ouverte », qui y fait référence.

Jérôme Desquilbet

Appeler, pas si simple (Jérôme Desquilbet)

C'est compliqué

C'est un peu compliqué ce que l'on doit faire…

Un peu comme un puzzle à construire à plusieurs, dont personne n'aurait une vue d'ensemble, et où des pièces seraient fabriquées au fur et à mesure, pendant l'assemblage. Ou alors comme un voyage en groupe, où personne n'est tout à fait d'accord sur l'endroit où l'on est ni sur la destination ou le moyen de transport. Il y a quand même des choses qui nous réunissent. Qui nous réunissent suffisamment pour que nous tentions malgré tout de construire ou de voyager ensemble.

Pour se retrouver, nous lançons des appels, en espérant que d'autres répondent. Nous envoyons des bouteilles à la mer ou nous courons en tout sens, nous hissons des pancartes publicitaires et des drapeaux, nous crions dans des mégaphones. Nous nous serrons les coudes contre des ennemis communs. Et nous devons souvent déplorer que nous nous comportons différemment de ce que nous voulons pour tous comme résultat de nos actions.

J'arrête les métaphores, et je voudrais essayer d'y voir clair. Commençons par les appels qui retentissent si souvent dans notre paysage politique, pour tenter d'aboutir aux caractéristiques de l'organisation que nous voulons.

La communication

Nous lançons des appels, nous en signons. Un appel… appelle ; des gens, pour quelque chose. Les signataires se rassemblent - réellement ou virtuellement -. Et chacun-e a un avis pour élaborer sur le texte de départ. Mais dans l'assemblée, on ne peut pas parler simultanément. Et si l'assemblée est virtuelle, tout le monde ne maîtrise pas les outils à utiliser. Peu prennent le temps de lire avant d'écrire ou d'écouter avant de parler.

Les décisions

C'est pourquoi définir un objectif et les moyens de l'atteindre demande de la patience, du travail et de la méthode. Les options doivent être clairement établies, et des décisions prises. Les avis et les règles peuvent cependant évoluer. Il faut élaborer sur ce qui a été décidé. Il s'agit d'un processus, d'une évolution perpétuelle.

Après le problème de la communication, surgit celui de la prise de décision, où tout revient à la question suivante : qui décide quoi et comment ?

  • Le qui pose la question de l'appartenance. (Et attention, l'appartenance pose le piège de l'enfermement.) Il pose éventuellement aussi la question de la représentation.
  • Avec le quoi, il s'agit autant de l'établissement des règles de décision que des moyens et des objectifs.
  • Le comment concerne la méthode et des outils.

Le processus

Ce processus est donc un processus constituant : des personnes se retrouvent en réponse à un appel et décident ensemble de règles de fonctionnement pour agir.

Cela nous éclaire sur certaines caractéristiques que doit avoir l'appel initial et sur les premières étapes qui doivent s'ensuivre : on doit comprendre d'où les appelants parlent, ce qu'il veulent, et par quel processus collectif ils appellent à poursuivre avec ceux et celles qui répondront à leur appel.

Les projets

Une fois les travaux lancés, quelle que soit la manière, une question nous est souvent posée : « quel est votre projet ? ». La question posée est aussi souvent celle-ci : « quel est votre programme ? ». Si le mot « projet » est utilisé, c'est souvent avec des significations différentes. Il est possible d'entendre « projet de société » (description d'une utopie) ou « projet d'organisation » (ce que fait un collectif œuvrant dans un but donné et comment il le fait).

Tout cela peut en fait être interprété ainsi : « pourquoi devrais-je me joindre à vous ? donnez-moi des éléments pour décider si je suis d'accord avec vous, si c'est utile et si ça va me plaire ». Et la réponse peut être effectivement double, par exemple : « nous œuvrons pour une société plus juste où chacun puisse décider de sa façon d'être heureux » et « nous le faisons en nous appliquant à nous-même les idéaux démocratiques que nous prônons ». Cela ne constitue évidemment pas une description complète, et un certain nombre de bases doivent être travaillées, typiquement par la rédaction de documents décrivant les objectifs et les moyens. Et encore, cette distinction entre objectifs et moyens n'est pas toujours claire. Il y a en effet une succession d'objectifs intermédiaires liés à l'obtention de moyens pour l'action.

Le programme

Au passage, une parenthèse sur la notion de programme. Un programme ne doit pas se contenter de décrire le fonctionnement d'une société idéale, il doit aussi expliquer comment y parvenir… avec les valeurs à respecter.

La démocratie

Un grand mot est lâché ici… Si nous visons une démocratie radicale, pouvons-nous espérer l'atteindre avec des processus boiteux et des quasi-putschs ? Bien sûr que non, mais c'est la tentation pour aller plus vite. Quand cela se passe, le groupe des experts politiciens qui court devant finit par se retourner, et il se retrouve alors bien seul. Pourtant, il est universellement connu que la fin est dans les moyens…

Sur notre idéal démocratique, je n'aurais rien de mieux à dire que les articles de Michel Dias et Geneviève Decrop dans le numéro 1 de la revue Entropia (« Décroissance et politique »), ou le texte « Libérons la nature ! » de Bernard Guibert. Je vous y renvoie.

Sur nos pratiques démocratiques opérationnels dans les processus de prise de décision, je vous renvoie aux travaux de Peter Emerson, voir l'institut DeBorda.

Construire une organisation ouverte

Je suis tombé sur la notion d'organisation ouverte en lisant le « Contrat social » d'un site web collaboratif (celui du wikiwikiweb TikiWiki). Un article séparé explore cette notion.

Le terme me semble intéressant parce qu'il évite de trop caractériser la structure (j'ai un peu une indigestion de la notion de « réseau », par exemple, devenue à la mode avec Internet, qui entretient la confusion entre le fonctionnement d'un groupe humain et d'un ensemble de machines qui ne marche pas tant en réseau que ça dans la réalité, ou avec les réseaux sociaux, sur Internet toujours, qui ne sont pas le modèle de ce que l'on souhaite non plus).

La notion d'ouverture est intéressante aussi, à double titre : elle montre qu'on ne cherche pas à se donner une identité par séparation d'avec d'autres groupes, mais à accueillir tout au long du processus ; et que le processus lui-même n'est pas figé mais ouvert aux évolutions décidées par ses membres.

Un exemple d'appel

Un exemple très synthétique mais prototypique d'appel pourrait être le suivant :

  • « Nous sommes altermondialistes et écologistes. Nous voulons nous constituer en organisation ouverte pour définir nos pratiques, nos actions, nos alliances et notre programme, de manière à agir pour une démocratie radicale contre la dictature des marchés. Ce travail sera un processus permanent, transparent et ouvert. »
textes/appeler_pas_si_simple.txt · Dernière modification: 2009/09/22 16:35 par ekolo.lx
Haut de page
chimeric.de = chi`s home Creative Commons License Valid CSS Driven by DokuWiki do yourself a favour and use a real browser - get firefox!! Recent changes RSS feed Valid XHTML 1.0