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valeurs et concepts

Capitalisme-anticapitalisme et quelques questions

Introduction

En tant qu’objecteurs de croissance, nous savons que la religion de la croissance et le capitalisme sont intimement liés. Nous sommes donc « anticapitalistes », mais quelle est la définition du capitalisme et qu’y met-on dans ce « mot-obus » ?

J’ai essayé de lister six définitions, il s’agit de définitions très succinctes, juste là, jusque là, pour soulever des questions.

J’ai ensuite essayé de lister quelques problèmes que cela poserait de façon très concrète.

Tout cela dans un capitalisme qui a beaucoup évolué au cours du temps : 1) patrimonial, 2) société anonyme, 3) puis financier en réseau dans une société spectaculaire-marchande. Peut-être une présentation de cette histoire serait-elle la bienvenue à St Jean du Gard, en s’appuyant notamment sur les livres suivants :

  • Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski & Eve Chiapello (nrf essais Gallimard).
  • Le capitalisme du désastre de Naomie Klein.
  • La société du spectacle de GE Debord.

1) Six définitions du capitalisme :

1) définition patrimoniale : Dans ce cas on fait référence à la propriété privée des moyens de production

Lutter contre signifie : nationaliser, pour gérer de façon planifiée et étatiste la production NB : il s’agit plutôt de la vision « marxiste vulgaire » 2) définition financière : Dans ce cas on fait référence à la spéculation financière permise par la désintermédiation bancaire et l’ouverture au monde des économies nationales, l’essor de l’idéologie hyper libérale des «Chicago boys » Friedman Milton en particulier.

Lutter contre signifie : taxer les échanges financiers, rétablir les cloisonnements bancaires, imposer un seul étalon type étalon-or dans les échanges internationaux, faire une politique de la demande, réguler le marché national.

3) définition distributiste : Dans ce cas on fait référence à l’obligation d’opérer des profits monétaires croissants sur un marché aléatoire et concurrentiel pour les REDISTRIBUER sous forme de dividendes, intérêts aux banquiers, investissements, lobbying,taxes, impôts, salariat…

Lutter contre signifie : abolir les profits monétaires, instituer un revenu universel garanti inconditionnel d’existence, trouver un moyen de comptabiliser les achats sans créer de la monnaie (code barre). La monnaie a disparue, la lutte des classes sociales aussi puisque le chantage au travail pour le revenu a disparu. Par contre il n’est pas clair s’il y aura une distribution plus importante en plus du revenu universel garanti inconditionnel à certains individus selon leur contribution sociale ?

4) définition marxiste : Dans ce cas le capitalisme c’est d’abord un rapport social, le salariat qui permet seul de faire la plus-value Lutter contre signifie : abolir le salariat, instituer le pouvoir des communes ou Conseils, l’autogestion généralisée. La monnaie, les classes sociales disparaissent automatiquement.

5) définition situationniste : Dans ce cas le capitalisme c’est d’abord un rapport social, le salariat mais médiatisé par des images.

Lutter contre signifie : abolir le salariat, mais aussi l’industrie de l’image, et sortir de la société industrielle, imposer le pouvoir des Conseils, ou Communes, l’autogestion généralisée. Idem ci-dessus sauf qu’en plus on se pose d’énormes questions sur la technique, la liberté est-elle possible en permanence ? Cette position intègre l’héritage du luddisme, du conseillisme, de la 1ère AIT.

6) définition braudélienne : Le capitalisme c’est d’abord le marché-monde, la possibilité de faire des surprofits en ne respectant pas les règles nationales, en jouant sur les différences de règles nationales.

Lutter contre signifie : imposer les mêmes règles en terme de droit du travail, environnemental partout, relocaliser, empêcher de faire à l’étranger ce qui est interdit chez soi.

1.2 Si on essaye de synthétiser voici ce que ça pourrait donner :

Seules 4 et 5 remettent en cause le salariat et donc la monnaie, ils questionne l’ETRE du capitalisme. Elles considèrent que toute valeur monétaire vient du travail. 3 remet en cause la monnaie, la recherche des profits mais quid du salariat (un rapport social médiatisé par un contrat de travail, pas le salaire) ? De la propriété privée ? 3 questionne le FONCTIONNEMENT (la redistribution des profits monétaires) plus que l’ETRE du capitalisme. Par ailleurs, avec le revenu universel garanti indonditionnel, n’y a-t-il point oubli que l’origine de toute valeur monétaire vient du travail ? Seule 5 remet en cause l’industrie et questionne la technique, soulève les limites de la religion de la croissance.

Dans le graphique ci-dessus nous avons listé les quatre points qui « posent problème » selon la définition et positionné les définitions dans chaque quartier. Il appert que la définition 3 est un peu « fourre-tout » et pourrait s’opposer à tout, mais c’est à préciser.

1.2.1 Dans tous les cas mettre en œuvre les mesures pour «lutter contre » entraînerait des rétorsions internationales et supposerait un rapport de force que nous n’avons pas et dont il faut tenir compte :

Seul 6 devrait obtenir l’assentiment d’un nombre important de nos concitoyens, à court terme, cad la taxation des échanges financiers, rétablir les cloisonnements bancaires (attention aux règles de l’OMC), et lutter dans les instances internationales pour sortir de la domination du dollar. Par contre rien au sujet de la décroissance.

Pour que s’imposent les autres idées, en particulier 4 et 5, il est nécessaire de créer un rapport de force à partir de quasiment zéro.

Dans ce graphique j’ai essayé d’imaginer le poids de chaque grande critique, c’est très subjectif et demande à être affiné Néanmoins j’ai l’impression que c’est la critique d’absence de règles, d’absence d’État qui semble attirer le plus de suffrages…. Et la critique du salariat à partir du contrat de travail qui semble en attirer le moins….ce graphique devrait être refait en s’appuyant sur des chiffres (suffrages, sondages, etc.…).La situation la plus mauvaise pour nous….

Autrement dit sommes-nous condamnés à attendre l’effondrement du capitalisme et à nous « retirer du monde » ?

– « la civilisation capitaliste va inexorablement vers son effondrement catastrophique; il n’est plus besoin d’une classe révolutionnaire pour abattre le capitalisme, il creuse sa propre tombe et celle de la civilisation industrielle dans son ensemble » A. Gorz [in capitalisme, socialisme, écologie Galilée 1991]

Ou bien y a-t’il encore quelque chose à faire car nous sommes conscients que son effondrement signifiera beaucoup de «dégâts» pour parler avec euphémisme…..et si nous ne faisons rien nous risquons fort de ne point y survivre ?

2 Donc deux problèmes posés : les rapports de force et la transition

2.1 Le rapport de forces : fin de classe, début de communautés politiques ?

Au niveau du rapport de forces, le système spectaculaire marchand a mis en œuvre une contre-révolution technique (la société unidimensionnelle, ou spectaculaire-marchande) avec notamment le réaménagement du territoire et des villes du au tout-voiture et à la séparation des individus avec la TV, et produits dérivés qui rend toutes mobilisations très difficiles. Ou plutôt les premières mobilisations devraient consister à s’opposer au TOUT-VOITURE et à la TV : on en est loin ! (NB : ne pas oublier la publicité !).

Aujourd’hui dans la société, l’individu est mis seul face à l’État et dans les entreprises seul face à l’entrepreneur. Il n’existe plus de médiation de classe. Or, un changement révolutionnaire s’appuie sur un groupe social bien identifié quoi qu’en dise A. Gorz : les derniers hommes ? Les communautés éco villages ? Est-ce que l’enjeu n’est pas aussi de récréer des communautés politiques ?

Définition d’une communauté politique :

Un groupe qui ne sépare ni l’action quotidienne, ni l’action politique, qui s’oppose aussi bien au mode de production dominant qu’aux produits, qui essaye de vivre tout de suite ce qu’il estime juste et agréable en terme de technique, empreinte écologique, qui se méfie des élections et des médias, qui s’oppose à la séparation techniquement organisée par l’État.

(Définition à clarifier, à retravailler)

Un autre enjeu, c’est l’inexistence des idées de 3, 4, 5 et 6 sur la scène électorale. Or, nous avons du mal à imaginer comment créer un rapport de force sur 3,4,5 et 6 sans passer par la scène électorale. Les idées existent mais elles restent confinées dans des groupuscules. Pourrait-on imaginer une apparition sur la scène électorale à l’instar de la CNT-FAI en Espagne dans les années 30 ? Ou bien doit-on se contenter d’essayer de recréer des «communautés politiques» et éviter comme la peste les élections ?

2.1.1 le « rapport de force avec la technique » : comment éviter l’IRREVERSIBILITE ?

La technique comme nouveau sujet historique : ce thème mériterait aussi d’être abordé à St Jean du Gard en s’appuyant sur les –thèses de Gunther Anders sur l’obsolescence de l’homme notamment. La technique était un outil, elle est devenue infrastrutcture et maintenant sujet historique. La technique est devenu si puissante qu’elle peut détruire toute vie.

Une dernière chose à considérer c’est ce que j’appelle faute de mieux un « rapport de force avec la technique ». D’ordinaire quand on parle de rapport de force c’est par rapport à d’autres hommes détenteurs d’un pouvoir, d’une part le pouvoir est de plus en plus technique et d’autre part la technique nous impose de plus en plus notre stratégie, c’est donc devenu quasiment un SUJET HISTORIQUE.

Je pense notamment qu’elle risque de créer une situation irréversible, soit par l’accumulation de pollutions qu’elle aurait engendrée, soit par l’accumulation de catastrophes qu’elle aurait généré. Dans les deux cas nous risquons d’être amenés à recourir à encore plus d’Etat et encore plus de technique pour uniquement permettre à l’humanité de survivre dans un milieu de plus en plus artificiel. Or, j’ai l’impression que nous continuons à réfléchir comme avant, l’avènement de l’ère nucléaire, c'est-à-dire comme durant les révolutions industrielles qui ont précédé l’ère nucléaire et qui ne pouvaient par créer de situations irréversibles. Il est bien entendu que d’autres Tchernobyl ou bien la disparition de l’eau douce nous forceraient à nous concentrer sur la gestion de l’après-catastrophe nécessitant sans doute le recours à plus d’expertise et donc plus d’Etat,.

La tendance du capitalisme dans l’histoire étant de créer un taux d’irréversibilité le plus élevé possible permettant la perpétuation de sa domination. Notre mouvement au contraire aimerait que l’on crée un taux d’ouverture historique le plus élevé possible pour permettre la continuation d’une société humaine.

2.2 La transition :

2.2.1 Sens de la transition :

S’agit-il d’un enjeu programmatique et de contre-pouvoir (on pousse les gvts en place à prendre d’ores et déjà des mesures dans le cadre du système actuel pour éviter les catastrophes) ou bien de transition sous-entendant que nous avons d’ores et déjà « pris le pouvoir » ?

Au niveau de la transition entre le mode de développement dominant et ce que nous voulons s’il s’agit de glisser à l’intérieur du mode de développement actuel des mesures visant à éviter les catastrophes écologiques et sociales, c’est du réformisme, du « capitalisme vert », mais quelque part on pourrait imaginer :

1) Grands travaux (politique keynésienne) pour logements sains, transports en commun, interdire le tout-bagnole. 2) Politique négawatt, arrêt immédiat du nucléaire 3) Favoriser l’agriculture biologique, interdire les pesticides, les OGM 4) favoriser les SCOP et SAPO type entreprise « Ambiance-bois », favoriser les entreprises autogérées même avec des actionnaires comme « Ambiance-bois » et gêner les entreprises non-autogérées. 5) Supprimer le Sénat, les dpts, l’institution présidentielle, ne laisser qu’un système monocaméral. 6) Favoriser le fédéralisme, renforcer les pouvoirs locaux sans tomber dans le NIMBY et l’égoïsme local (localisme). 7) Etc.… 8) La transition encore : s’agit-il de « décélération de la croissance par les pays les plus riches comme première étape vers le recul des productions prédatrices assortie d’une répartition juste drichesses et de gains de productivité » comme le propose JM Harribey ?

3 Un autre problème posé par l’anticapitalisme, c’est la confusion entre la révolution bourgeoise et la notre :

«Toute l’insuffisance théorique dans la défense scientifique de la révolution prolétarienne peut-être ramenée pour le contenu aussi bien que pour la forme de l’exposé à une identification du prolétariat à la bourgeoisie du point de vue de la saisie révolutionnaire du pouvoir (…) la révolution bourgeoise fut une révolution sociale à âme politique, la révolution à venir sera une révolution politique à âme sociale » GE Debord [in La société du spectacle chps libre 1967]

Autrement dit «prendre le pouvoir» mériterait d’être défini. Et une chose et certaine pour la plupart d’entre nous devenir Président de la République ça serait vraiment chiant….

Autrement dit encore, dans notre révolution à venir l’enjeu de la technique et des produits est très importants, elle ne comporte pas qu’un enjeu économique et politique.

Plus concrètement il ne suffit pas de réfléchir à un nouveau mode de production, mais aussi aux produits et à la technique : autrement dit :

3.1 Quels critères pour définir les produits acceptables ?

(Principes de précaution, renouvelable, le moins d’obsolescence possible, recyclable, l’empreinte écologique, etc.…tous critères à discuter) ?

3.2 Quels mécanismes pour définir les produits acceptables :

3.2.1 Les produits :

Qui définit les recherches, les techniques et les produits ? On peut concevoir des référendums pour des produits ayant un impact sur un territoire étendu (réseaux nationaux, régionaux, etc..) mais impossible pour tous les produits.

3.2.1.1 : comment sont définis les produits aujourd’hui ?

3.2.1.2 au sein des entreprises :

Aujourd’hui les produits sont définis au sein des entreprises selon des critères de ROI (Return on Investment) et par les directeurs marketing (et certains produits par le Conseil d’Administration) et in fine c’est l’adoption du marché qui est le critère d’adoption final, une fois la production terminée et avec force publicité et crédit. L’image étant dominante pour faire consommer le superflu et maintenir une impression de pénurie permanente.

3.2.1.3 Au sein de l’État :

En dehors de l’entreprise, en France ce sont les grands corps de l’État : X-Mines, X-Ponts et plus rarement l’ENA qui proposent des grands projets d’envergure nationale : nucléaire, télécommunications, autoroutes, TGV, etc.…ils proposent au Président de la République qui tranche ainsi qu’à la Chambre des députés qui vote (ex loi du 30 Octobre 1968 qui a adopté le programme électronucléaire français proposé par le rapport PEON créé en 1955 avec des X-Mines, X-Ponts).

L’idée c’est bien d’adopter avant la production selon des critères à bien définir et selon un mécanisme à mettre en place qui serait le plus démocratique possible, certes mais PLUS SEULEMENT, il faut aussi des critères constitutionnels d’empreinte écologique, de principe de précaution etc.…qui s’imposent à tous.

L’idée c’est de mettre en place des mécanismes, permettant l’adoption de produits, programmes au niveau local et qui soit démocratiques et respectueux de l’environnement, car

au niveau national les procédures sont démocratiques, les citoyens sont consultés et c’est démocratiquement qu’ils envoient régulièrement à la chambre des députés productivistes, libéraux et pro nucléaires. Donc au niveau régional et national (NB : confusion à dissiper !) il s’agit plus d’adoption de critères anti productivistes, de respect de l’environnement, que de critères démocratiques. (NB : bien définir le local (dans « relocalisons » !) du régional et national )

Autrement dit en demandant que la démocratie pénètre dans les lieux de production, ou au niveau local (démocratie directe) il faut espérer que cela aura un impact sur le choix des représentants à «la» Chambre, car bien sûr nous sommes pour un système monocaméral et sans présidence de la république, mais c’est une autre histoire…

3.2.2 L’enjeu du recyclage des unités de production :

Devons-nous d’ores et déjà réfléchir à la modification des objectifs des entreprises, par exemple comme le cite Serge Latouche « recycler des usines de production d’automobiles en usines de production de cogénérateurs ? »

3.2.3 L’enjeu de la reconstruction de la ville, de l’habiter :

Un autre enjeu c’est la reconstruction de la ville et l’habiter, donc une orientation de la production vers la reconstruction de la ville. Car le mode de production capitaliste et ses produits ont plutôt détruit la ville et engendré un mitage destructeur de tous liens sociaux. Qu’est-ce que l’HABITER ? l’être c’est l’habiter disait Heidegger….habitats sains, habitats mobiles, habitats où ?

3.2.4 Prix et usage :

La répartition par le prix doit être remplacée par la répartition par l’usage.

Le prix doit-il être maintenu pour sanctionner le mésusage ? Le bon usage ne peut être défini par l’État, mais par qui peut-il l’être ? Est-ce que la définition des bons usages ne peut être que politique ? Et où est le désir dans tout cela ? La place à la transcendance et à l’art ?

3.2.5 Comment combler le fossé entre nos concitoyens et nous ?

Nous voyons aussi posé le problème du fossé entre nous et nos concitoyens : comment convaincre des gens qui majoritairement votent pro-technique, pro-libéral, pro-national, pro-facilité, pro-magouille, pro-mafia, pro-croissance (et des gens qui ne sont pas moins cons que nous remarquez en passant !) et ce, sans discontinuer depuis la nuit des temps électoraux ? Sommes-nous des bêtes rares ? Avons-nous torts ? Pourquoi un tel fossé ? Comme nous ne sommes pas plus intelligents que la moyenne nous devons certainement être plus sensibles que la moyenne, un peu comme des sondes parasismiques, il serait peut-être intéressant de définir ce concept de sensibilité sociale exacerbée pour définir le premier cercle….

Jean-Luc Pasquinet

textes/capitalisme_et_anti-capitalisme.txt · Dernière modification: 2009/01/05 22:09 par ekolo.ir
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