méthodologie pour la démocratie
Ce texte est la suite de « Pour construire du commun, il nous faut une organisation ouverte », qui est une exploration du « pourquoi ? » et un dessin des contours de ce que nous pourrions construire ensemble. Ce présent texte, lui, avance des propositions très concrètes sur le « comment ? ».
Beaucoup de contributions expriment des besoins quant à un outil politique, mais restent vagues sur le comment. Nous avons proposé d'utiliser la notion d'organisation ouverte, en insistant sur le fait qu'une organisation humaine est à penser comme un système dynamique plus que comme une structure statique. Après avoir exploré les besoins et décrit cet embryon de solution, voici maintenant un peu de travail d'architecture…
Appelons charte (terme provisoire) le document qui va décrire notre organisation, c'est-à-dire notre façon de travailler ensemble. Il est cependant important que la charte existe, mais c'est un modèle, une abstraction. La réalité, c'est la vie, et la réalisation de modèle, c'est ce que nous allons effectivement faire ensemble, c'est notre organisation concrète.
Si nous voulons une organisation ouverte, il y a un minimum à respecter : la charte doit clairement décrire notre façon de fonctionner et la façon dont la charte elle-même peut évoluer. Si cette description n'existe pas, nous ne pouvons offrir de garanties de fonctionnement démocratique ; nous proposerions juste un ensemble de valeurs et une liste de caractéristiques d'une société idéale que personne ne comprend comment construire.
Par quelle méthode arriverons-nous à construire notre outil politique ?
Le fonctionnement d'une organisation doit durer au-delà de la phase de démarrage dont on se contente trop souvent. La charte de départ doit aussi expliquer la manière dont on peut la modifier. Les valeurs et grands principes doivent être complétés par la description des méthodes de prise de décision collective de l'organisation. À tout moment, il faut penser aux participants actuels et aussi aux personnes qui n'ont pas participé au processus depuis le début. Il faut rendre à tous le contenu et le fonctionnement transparent et facile à comprendre.
On peut donc généraliser, et penser la construction de l'organisation (elle-même décrite dans la charte) comme un processus continu. Si la charte est le modèle du fonctionnement de l'organisation, elle subit des modifications périodiques, apportées suivant les règles définies dans la charte elle-même.
Il faut un point de départ, un acte de création. C'est l'objet de la phase initiale. Lui succédera une phase d'élaboration, durant laquelle perfectionner la charte en éliminant les défauts majeurs découvert par sa mise en pratique. Dans une phase de construction ensuite, on avancera, avec des évolutions périodiques.
Parlons tout d'abord à la phase initiale.
L'objectif est donc de produire une charte (terme provisoire) qui contienne des valeurs, des principes, des règles de fonctionnement et aussi ses procédures d'évolution. Être en accord avec la version courante de la charte serait à tout moment la condition nécessaire et suffisante pour faire partie de l'organisation et avoir entre autres la possibilité de faire évoluer la charte (celle-ci expliquant comment on fait).
Étapes :
On va maintenant décrire ces étapes, et donner des exemples éventuellement utilisables.
Nous supposons acté le fait qu'il faut créer un outil politique, et il s'agit ici de travailler sur cette idée. Il faut exprimer les problèmes que nous avons, recenser les besoins, les demandes, en faisant un tri pour éviter d'y mélanger des éléments de solution. Comme point de départ, il y a en général des textes de référence, des contributions, et on peut également transcrire le résultat d'une réunion de brainstorming. Il y a également d'autres expériences proches dont on peut tirer des leçons.
Voir ici des exemples de textes d'où on pourrait extraire des besoins.
Il est intéressant de chercher à synthétiser en regroupant et exprimant chaque besoin par une phrase simple.
Par exemple :
L'organisation que nous voulons doit avoir un certain nombre de propriétés et servir à quelque chose, nous rendre des services. Ces caractéristiques sont liées aux besoins énumérés à l'étape précédente et peuvent même en être une simple reformulation. Les écrire nous permet de progresser vers la solution.
Par exemple :
Si nous écrivons un document, il faut bien comprendre qui va le lire et qui on veut entraîner dans le mouvement. Ces personnes ont un certain profil au début du processus, et ce seront d'autres types de personnes qui seront intéressées par la suite. Il faut donc comprendre à qui on s'adresse, aujourd'hui, et dans le futur.
Par exemple :
En pratique, la charte sera un document vivant qu'il faudra élaborer à plusieurs voire beaucoup. Il est donc nécessaire de discuter de sa structure pour y ranger du contenu. Cette structure pourra évoluer, mais il s'agit de proposer un point de départ.
Donner au moins les indications suivantes :
Le décor étant planté, avec une compréhension commune de ce que nous voulons, et sachant à qui on s'adresse, il sera plus facile de travailler sur le contenu à écrire. Il est aussi important d'être clair sur le fait que cette charte évoluera suivant les règles qu'elle définit elle-même, et qu'elle aura d'autres versions dans le futur.
La charte définit entre autres des processus de débats, de prises de décisions, pour servir un objectif. On peut imaginer un certain nombre de scénarios d'utilisation de cette charte pour vérifier sa cohérence et son bon fonctionnement. Par exemple, vérifier la résistance de l'organisation à la prise de pouvoir en interne.
Tout problème découvert dans l'étape précédente doit être corrigé.
Une fois la version zéro de la charte écrite, on « démarre » officiellement l'organisation, les adhésions ou l'équivalent prévu dans la charte. C'est l'acte de création, qui peut être relayé par un appel.
La charte prévoit sa manière d'évoluer, et le cycle d'évolution démarre dès la création. La longueur du cycle et les processus prévus sont définis dans la charte.
Discussion