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faire de la politique

Cette contribution de Francine Bavay pour le week-end des collectifs unitaires les 23 et 24 juin 2007 pose des questions qui sont toujours d'actualité.

Deux questionnements : l'unité et le projet (Francine Bavay)

Contribution pour le week-end des 23-24 juin

Quelques réflexions à chaud, inachevées et donc à l'emporte-pièce, mais il faut bien oser prendre des risques.

Une séquence électorale désastreuse vient de se terminer. Désastreuse pour toute la gauche puisqu'elle se solde par une implosion, -sans aucune exception - aux présidentielles et par la confortation des partis en place aux législatives. Le moment du débat, des remises en cause stratégiques pour la refondation d'une gauche anti-libérale, écologiste, féministe, anti-raciste et solidaire que nous appelions de nos vœux dès après le référendum sur le TCE, et dont nous savons aujourd'hui la difficulté, est loin de s'être rapproché.

Assumer nos responsabilités

Aujourd'hui assumer nos responsabilités pour préparer les assises passe par un bilan de ce que nous avons fait dans les collectifs anti-libéraux avant de définir un quelconque objectif. De ce point de vue le projet de texte d'appel se situe dans une continuité qui empêche, à mon avis, toute interrogation sur le bilan et les objectifs de construction qui pourraient en sortir.

Je souhaite développer principalement deux questionnements.

Premier questionnement : l’unité

Avec la volonté de poser les premières pierres d'un projet « antilibéral », dans un contexte où des rendez-vous électoraux s'imposaient, nous avons cherché à créer l'unité des forces qui pouvaient s'y retrouver, avec raison. Aujourd'hui cette approche tactique est à remettre en débat pour plusieurs raisons.

  • La première, c'est que nous avons failli à la faire et que les conditions structurelles qui nous en ont empêché n'ont pas disparu.
  • La seconde est que, même si nous avions réussi, l'unité en soi n’est un projet politique, pas plus à gauche, gauche de gauche ou pour l’union nationale comme Sarkozy veut nous le faire croire. Mettre en scène la seule unité comme projet stratégique, c’est immédiatement signifier la faiblesse du projet de société.

L'unité pour l'unité, il faut en finir. Caractériser notre objectif comme unitaire, c’est le mettre dans l’impasse d'entrée de jeu.

Second questionnement : le projet

Il faut tirer des conclusions de la présidentielle, les scores des uns est des autres démontrent que tous les candidats qui se réclamaient de l'antilibéralisme ont été inaudibles, même si l'un d'eux s'en sort mieux.

Il serait facile de se réfugier dans des argumentations d'ordre médiatique, ce n’est pas mon propos. Les seuls, la campagne avec Bové, qui ont utilisé les propositions élaborées dans le cadre unitaire en ont constaté les limites. Et ont constaté le résultat.

Ce support programmatique dit des « 125 propositions » a été mis en œuvre pour essayer de servir de socle commun anti-libéral. Cette esquisse doit être laissée à ce qu'elle a été et une réflexion sur un projet lancée.

Car les 125 propositions souffrent de nombreux défauts.

Le premier résidant dans les conditions d'élaboration : il est le plus petit dénominateur commun a des organisations qui ont démontré ensuite leur volonté de revenir à leur projet partidaire. Il ne suffit pas de mettre momentanément d'accord quelques caciques, sur les minima sociaux par exemple, pour avoir ne serait-ce qu'une proposition compréhensible par ceux et celles qui sont concernés par ces propositions au quotidien.

Le second dans le fait que la promesse de mise à l'épreuve des acteurs des mouvements sociaux n'a jamais été réalisée. Ces propositions n'ont pas été testées et sont restées en l'état car plus personne ne savait qui s'en réclamait.

Mais surtout, elles manquent l'essentiel : elles sont un projet de restauration d'un ordre ancien, la protection sociale, les services publics, tout en se voulant suffisamment raisonnable pour être « gouvernables ». C'est la raison pour laquelle le financement a fait l'objet d'un déni. Un projet pour la société aujourd'hui ne peut pas se présenter comme la restauration d’un « âge d’or », que tous ceux qui les ont élaborées, dénonçaient d'ailleurs quand il était à l'œuvre.

Un programme minimal cartellisé peut avoir une valeur conjoncturelle, il ne peut servir de projet.

Il est donc urgent de relancer une élaboration fondée sur ce que nous avons compris de l'état du monde : le développement productif est en train d'atteindre ses limites, la relation aux ressources naturelles et créées (richesse, emploi) est à redéfinir, le rôle de l'État est à reconfigurer, celui du citoyen aussi. Je ne développerai pas ici, cela doit faire l’objet d’un long développement.

Élaborer une stratégie autonome

Il n'est pas l'heure de se demander s'il faut un parti, une réseau ou autre. Il est l'heure de se demander comment on répond au besoin de politique à gauche pour répondre aux défis d'aujourd’hui et maintenant. Car la tentation de la résistance pointe à l'horizon qui permettra de se réfugier dans les mobilisations contre toutes les attaques qui ne vont pas manquer de venir. S'y perdre, c’est se perdre.

Chercher les outils d'inscription d'un projet dans le réel sans avoir le projet, c'est aussi se perdre dans une nouvelle boutique, cela occupe mais n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Cela ne signifie pas que les partis politiques n'aient pas une utilité, ils protègent contre l'usurpation du débat démocratique par des « personnalités ». Mais la question centrale, c'est la transformation des partis et la réponse reste à construire. Sans projet qui interpelle les foules, les partis n'abandonneront pas leur stratégie de rentiers, quels qu’ils soient.

En guise de conclusion

La faiblesse peut être un atout si elle sert à la remise en cause. Gardons-nous des bilans hâtifs pour se débarrasser du fardeau ou pour construire des rapports de force entre « personnalités ». Gardons-nous de nous réfugier dans la continuité pour avoir l'impression de tenir une stratégie. Gardons-nous de l'affirmation de nos certitudes, dernier rempart identitaire de ceux qui n'ont pas de projet. J'ai volontairement utilisé le « nous » dont on pourra de demander ce qu'il recouvre. Je n’en sais rien. Je ne saurai qui est « nous » que si nous sommes capables de construire un projet compréhensible par celles et ceux qui en ont un besoin incontournable et que nous n'avons pas atteints. Là est la priorité, la seule à mon sens.


Francine Bavay, qui ne concourt pas dans la catégorie leader charismatique, personnalité incontournable, intellectuel reconnu,… mais dans celle de citoyen engagé dans une bataille collective pour refaire société en refaisant politique.

textes/deux_questionnements_l_unite_et_le_projet.txt · Dernière modification: 2008/07/19 17:26 par ekolo
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