Ce texte a été envoyé par Christian Sunt et il est signé de :
Contacts : ecolib@free.fr, christine56@no-log.org
À quelle nécessité répond cet énième appel unitaire ?
Serait-ce à celle de remplir le vide abyssal du projet politique commun aux signataires ? Serait-ce à celle de remplacer la force mobilisatrice d'un projet, c'est-à-dire sa qualité palpable émancipatrice, par la logique rassurante du nombre (nous n'avons pas d'armes, pas d’idées, mais en se serrant les coudes…!), avec au final, quelques leaders historiques (premiers signataires) qui pourront se revendiquer de ce nombre, pour négocier quelques places aux européennes ou dans une équipe de campagne (cf la campagne présidentielle Bové).
Mais de refondation politique, point !
Parce que les premiers signataires ne la recherchent pas, parce qu'ils connaissent leurs désaccords, parce que la plupart d'entre eux méprisent le paradigme de l'écologie, qui remet en cause les certitudes de leur vie et de leur statut social.
Voyons la méthode que nous connaissons, pour l'avoir vécu de l'intérieur depuis 2005, au sein des CUALs et dont on nous remet la sauce :
Cet appel nous refait les CUALs sans la moindre analyse de leur échec, à savoir :
1/ l'absence de projet émancipateur en rupture avec le capitalisme productiviste (et non pas seulement envers l'ultralibéralisme sarkozien), d'une part et avec la redistributon keynésienne, d'autre part,
2/ l'absence de stratégie de rupture d'alliance gouvernementale avec la social-démocratie : il s'agit à nouveau, de peser dans le cadre d'un accord à gauche, dans le respect de la Constitution -remarquez l'absence de l'appel à une Constituante-. Ce respect des institutions de l'ordre dominant s'élargit à l'Union Européenne, puisque l'on nous ressert la vision d'une "autre Europe", sans en analyser la fonction dans la globalisation capitaliste.
Alors qu'il faudrait, à la lumière de l'émergence des nouvelles luttes et expérimentations sociales, mettre en avant une stratégie de rupture institutionnelle, s'appuyer sur les alternatives concrètes et faire de l'action politique, les leviers pour conforter les contre pouvoirs.
Alors qu'il faudrait remplacer l'illusoire grand soir (électoral ou insurrectionnel), par la logique de milliers de petits matins émancipateurs.
3/ l'absence d'une tactique de pôle de radicalité alliant, de façon permanente et pas seulement électorale, un "front" constitué de courants et mouvements politiques, de mouvements sociaux et d'individus rassemblés dans des comités de base.
Conjuguer les trois urgences (sociale, écologique, démocratique) semble la moindre des choses, lorsque le dérèglement climatique et la crise énergétique s'accélèrent, lorsque les risques de destructions des écosystèmes et la perte de la biodiversité menacent les conditions mêmes d'existence de très nombreuses espèces et, y compris, celle de l'espèce humaine.
Que dit l'appel, pour répondre à ces urgences ? : Que cette gauche, enfin à gauche "n'oublie plus la nécessité de redistribuer les richesses".
Ah? Parce que nous en sommes encore à vouloir redistribuer des richesses?
Nous faisons partie des premières générations à vivre une civilisation sans repère spirituel, sans lien avec la nature, sans repère sacré qui nous unissent à La Terre, sans laquelle il n'y a pas de vie communautaire, pas de lien de solidarité, pas d'humanité dont l'existence soit digne de ce nom.
Nous sommes les premières générations "occidentales" à concevoir, reconnaître, entrevoir que les conséquences des destructions, inhérentes à la perte des liens, qui unissaient les sociétés traditionnelles ou primitives aux écosystèmes, ne sont pas le seul fait de tragédies nationales isolées, mais bien les prémices de catastrophes planétaires majeures.
Nous sommes les premières générations, nourries par l'idéologie du PIB, à commencer à admettre que le destin de l'humanité est lié à son environnement, empirisme qui avait constitué la base des cultures humaines traditionnelles, sur tous les continents.
Et parce que nous constatons, que notre destin est lié, non seulement au destin de l'ensemble de l'humanité, mais également à la préservation des conditions de son existence sur la planète, nous devrions nous rallier à un appel qui nous propose la redistribution des richesses, comme solution suprême ?.
Formulation extrêmement vague qui semble être une simple transposition du partage judéo-chrétien, qui ne définit ni la provenance, ni l'usage, ni les usagers, ni la notion même de ces "richesses", basées sur "un nouveau mode de production et de consommation, soutenable et respectueux des équilibres écologiques".
La gauche enfin à gauche ne remettrait-elle en cause ni le salariat ,ni la redistribution des profits monétaires ,ni le productivisme, ce dernier étant, au mieux converti en développement durable ? La Terre, au service d'une consommation prétendument raisonnée, alors que nous devons de toute urgence protéger le climat, les forêts, les sols qui nous nourrissent et que nous devons sortir, de façon tout aussi urgente de l'idéologie productiviste.
Les contradictions et l'absence de projet, qui existent entre les signataires, empêchent que de tels objectifs voient le jour. Il s'agit pour la plupart d'entre eux, uniquement d'exister médiatiquement et de faire par ce texte un contre-feu à l'initiative de la LCR. Envisage t-on à Politis un front de résistance sans le NPA ?.
Il s'agit, pour certains signataires, d'une course de vitesse, afin d'être les premiers à lancer "la gauche" (Die Linke) avant la LCR, mais une gauche moins radicale, plus encline à une alliance avec le PS.
On imagine que l'aspiration à d'autres mondes possibles serait celle de dépasser l'objectif aliénant que représente la recherche effrénée et vaine, de l'augmentation du pouvoir d'achat.
On imagine que l'aspiration des salariés serait de se débarrasser de l'aliénation du salariat.
On imagine que l'aspiration des jeunes des quartiers populaires serait de demander plus que le simple respect, et de remettre en cause un mode de vie et d'urbanisme qui les prive de toute possibilité de construire leur vie de façon autonome.
La référence à Die Linke, la notion de "codéveloppement" montrent que cet appel se situe dans une vision productiviste et techniciste du monde, bien éloignée de celle des écologistes, des altermondi(ali)stes, des objecteurs de croissance.
Aujourd'hui nous exprimons notre inquiétude face aux illusionnistes de "la gauche de gauche», pour proposer autre chose que des défaites annoncées, revendiquer l'Utopie, pour ré-enchanter le monde et faire avec-plutôt-que-pour les "sans"..(voix..) , reprendre la parole et hausser le ton en relevant la tête. Cela se passe déjà autour de nous, offrons d'autres perspectives aux mouvements sociaux que celle de voter PS au second tour.
Nous sommes nombreux à rêver, à oeuvrer, à nous mobiliser pour :
Nous sommes nombreux à rêver, que parallèlement et sans occulter ni renoncer à nos propositions, un large front de résistance (pôle de radicalité), se mette en place, sur des propositions concrètes d'action et de luttes, y compris dans le domaine institutionnel, par l'appel à une Constituante.
Nous devons rompre avec le bipartisme et le système majoritaire qui empêchent toute émergence d'initiatives, en rupture avec l'idéologie dominante.
"Aujourd'hui, les peuples indigènes de l'Amérique latine et du monde, nous sommes en train d'être convoqués par l'histoire pour devenir l'avant-garde de la défense de la nature et de la vie". (extrait du discours d'Evo Moralès, président de la Bolivie, à l'ONU le 24 septembre 2007)".
Rassembler OUI, mais dans le respect de nos diversités pour rendre le débat fécond et rendre possible les alternatives !
Discussion
Je pense qu'il y a confusion sur la nature de l'appel Politis. Un appel est un point de départ, et forcément ouvert. Ce ne peut pas être un manifeste politique expliquant les contours et le projet d'une organisation politique (même en construction).
Il a des inconvénients (présence de quelques signataires, priorités mises en avant).
Mais il a des avantages : c'est un appel pour du débat ; il est lancé par un journal, pas par une composante ou un parti politique.
Alors, maintenant que cet événement politique a été lancé, on peut choisir de l'ignorer ou d'en tirer partie pour dire ce qu'on veut et comment on va y arriver. Car que cet appel existe ou pas, la question reste entière sur le comment passer du rêve (“Nous sommes nombreux à rêver […]”) à la réalité.
Pour ma part, je préfère progresser dans cette direction et me donner pour but d'aller le dire le 11 octobre. Et pour progresser dans cette direction, il y a trop à faire pour s'empailler pour savoir si on est pour ou contre un appel qui existe déjà !
— Jérôme.
Message de Christine Piguel-Coutard
Bonjour Jérôme,
J'ai lu ta réponse au texte écrit suite à l'appel de Politis.
Il ne s'agissait pas de critiquer cet appel uniquement pour le plaisir de critiquer. Cet appel nous semble contestable tant dans la forme que dans le fond et je pense que les propositions dépassaient largement la critique et étaient davantage un appel aux écologistes, objecteurs de croissance etc pour constituer une force alternative dans ce marasme politique.
Bien cordialement
Christine
Christian Durand demande à ce qu'il soit également fait référence à l'article
Sur le grand appel (pathétique) de Politis
de Fabrice Nicolino.
Je suis d'accord à 100 % avec cette analyse qui pourrait aussi être appliquée en partie à l'appel de Miremont.