Texte envoyé par Gilles Monsillon le jeudi 14 août 2008.
Ce titre se veut dynamique et, avouons-le, un peu volontariste ; est-ce paradoxal dans le contexte politique actuel ?
Je n’ai pas envie de redire les bilans des différentes sensibilités antilibérales ou anticapitalistes, je n’ai pas envie de répéter, en la décortiquant, la situation politique où nous nous trouvons, aussi bien sur le plan international que national. Redire ce que beaucoup d’entre NOUS (je reviendrai sur le "nous") ont déjà bien décrit : la question des choix face à cette situation devient obsédante.
Mon propos se veut centré sur le quoi faire et avec qui ?
Est-ce faire preuve d’impatience ou de lassitude ?
Peut-être un peu, mais surtout, ma réflexion s’appuie sur une nécessité politique : ne pas prendre la mesure de l’opportunité, pour ne pas dire plus, de construire ensemble le fameux NOUS, ne permettra pas de sortir de l’ornière la gauche alternative et fera place au développement du bipartisme qui fait les choux gras, en France, du libéralisme et donc de toutes les mesures réactionnaires mises en place en alternance aujourd’hui et demain.
Dans une certaine mesure, l’organisation politique qui a le mieux surnagé aux différents échecs électoraux et regroupements politiques à gauche du PS, est la LCR. Son initiative pour regrouper autour d’elle, et d’elle seule, des forces anticapitalistes, peut répondre à des attentes. Que l’on trouve ce regroupement plus ou moins sympathique n’exclut pas un vrai danger de son échec, le danger d’ajouter un écran brouillé à toute autre initiative de regroupement plus large qui ne se réclamerait pas de l’extrême gauche ni de courants révolutionnaires dans leur définition traditionnelle. Il serait très dommageable d’exclure de nos discussions et de notre processus ces différentes forces individuelles ou de sensibilités qui y ont répondu positivement. D’autant que pour l’instant, c’est la seule nouveauté politique visible et qui, par conséquent, peut attirer des forces venant notamment de la jeunesse, mais peut-être pas seulement.
Combien d’autres, individus, courants, sensibilités, organisations, collectifs, regrettent que ce processus mis en place par la seule LCR, ait exclu un autre type de rassemblement plus large, à volonté majoritaire, un rassemblement déterminé à la transformation sociale et écologique ?
Il semble incompréhensible que le positionnement droitier du Parti Socialiste, entraînant une grosse partie du Parti Vert et du Parti Communiste, laisse un espace politique vide où les forces de transformation auraient disparu.
À bien regarder, à l’intérieur comme à l’extérieur de ces partis, des voix se font entendre, des débats se sont créés, des rapprochements politiques, des combats communs, des échecs, mais aussi quelques victoires. Il y a aussi des regroupements dans des collectifs antilibéraux avec un processus unitaire qui voit se concrétiser une organisation nationale de ces collectifs. Des associations venant des partis Vert et Communiste ont vu le jour (Les communistes unitaires, AlterEkolo, ZEP, Ecologie Solidaire,…). Des regroupements se réclament de l’altermondialisme, des objecteurs de croissance se sont un peu plus structurés, des personnalités venant des organisations syndicales et associatives, notamment d’ATTAC et de CCAG, le parti des Alternatifs, participent elles aussi au débat concernant une nouvelle organisation politique. Bien sûr, les réflexes de se regrouper d’abord par sensibilités ont pu être observés, mais la question reste à l’ordre du jour, toujours accrue : peut-on organiser une force politique nouvelle avec toutes ces sensibilités et formes diverses ?
Les derniers appels, textes, contributions, se font encore plus précis. Il est question de l’outil et du projet. Une organisation ouverte où la diversité serait respectée. Ouverture, démocratie, les maîtres mots d’une organisation pas comme les autres ; on essaie même d’éviter le mot « parti », symbole de la forme d’organisation politique ancienne déviante.
Pourtant, nombreux militant-e-s participant à ce débat restent dans leur parti. Beaucoup pensent pouvoir en entraîner d’autres ou changer la ligne majoritaire ; il est vrai qu’après de nombreuses années dans ces partis, les mandats, les liens forts, empêchent de franchir le pas, surtout, comme certains le déclarent, « en l’absence d’autres structures, je ne partirai pas’ ». Mais nombreux sont celles et ceux qui n’en peuvent plus et c’est avec une grande impatience qu’elles ou qu’ils participent aux discussions et à la construction d’un nouvel espace politique.
Certains pensent que le processus sera long et, au nom du respect des rythmes de chacun, renvoient aux calendes grecques l’heure de ce rassemblement en mettant en avant toutes les divergences historiques.
C’est parce que le processus sera long qu’il nous faut maintenant poser les premières pierres de notre regroupement. Il faut créer une forme ouverte pour que d’autres s’agrègent à leur rythme.
Attendre quoi ?
Que tout le monde soit d’accord sur tout ? Que les soi-disant productivismes deviennent anti-productivismes ? Que les écolos deviennent tous des objecteurs de croissance ?
Pour répondre à cela, l’expérience chez les Verts est bonne à observer. Si certains sont tentés de ne regrouper que la composante les écologistes-anticapitalistes, c’est-à-dire quelque chose comme la gauche des Verts, je pense qu’il faut rester chez les Verts, ou adhérer, c’est un enjeu interne. Pour ce qui est d’une alternative au libéralisme, il faut, et c’est une de nos forces, un regroupement large avec des diversités ayant des objectifs communs. Il ne faut pas se tromper d’échelle, face au social-libéralisme et à l’ultra libéralisme, c’est un front populaire commun qu’il faut commencer à construire. Chez le petit "nous" des écologistes, faire à l’extérieur, même plus largement, ce que nous ne sommes pas capables de faire à l’intérieur, serait une grave erreur car loin d’être un rassemblement capable de changer la donne, cela serait un repli, un regroupement groupusculaire.
Oui, il y a des urgences, l’urgence sociale et écologiste ; certains s’accordent à dire qu’elles se retrouvent dans l’écologie politique ; pour moi, c’est un code comme celui des révolutionnaires du grand soir qui voient toutes les réponses dans l’anti et la révolution, nébuleuse de la réponse fourre-tout. L’ambition de la transformation sociale et écologique se fera avec ceux qui, comme les communistes unitaires, les alternatifs, les militants d’ATTAC et ceux des collectifs, portent de plus en plus de valeurs communes ; il faut se convaincre "mutuellement" que nos approches sont complémentaires et qu’elles peuvent fournir un vrai projet de société.
Comment se constituer ? Nous ne partons pas de rien, l’expérience de la structuration de l’organisation des collectifs antilibéraux, les textes qui ont été adopté, les débats, les dernières contributions sur les formes d’organisations nouvelles que nous souhaitons, permets de dessiner un contour qui doit prendre réalité. L’idée d’un Manifeste comme première pierre me paraît pertinente, l’élaboration en commun des priorités et du projet est un challenge à notre hauteur.
Discussion
Une réponse/commentaire de Gilles Lemaire sur une liste de discussion.
L'appel de Politis est un manifeste, qui n'est pas si mauvais que cela ! S'agit-il d'en réécrire un autre ? Je ne crois pas cela nécessaire ; je pense plus que nous avons besoin de lieux (physiques ou électroniques !) Par ailleurs je partage les préoccupations de Gilles pour l'essentiel. La question reste donc comment avancer ?
En ce moment je vois deux axes à mettre en œuvre :
Amicalement à tous, — Gilles Lemaire
D'accord sauf que l'Appel de Politis n'est pas un manifeste. C'est juste un appel à débattre. Un manifeste est un acte fondateur et ce n'est pas l'objectif du texte de cet appel.
Quant à la construction d'un “front”, il faudra faire preuve d'imagination, de ténacité et de méthode. Je n'ai jamais encore rien vu réussir
C'est pourquoi je suis aussi d'accord avec la patience. Quant à la méthode, c'est le plus compliqué ; de mon côté, j'ai commencé à y réfléchir dans un texte que j'ai soumis.
Amicalement, — Jérôme Desquilbet.