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valeurs et concepts

Ce texte a été écrit par des membres du mara, Mouvement Altermondialiste politique en Rhône-Alpes, qui seront présents à Miremont.

L’écologie radicale est un humanisme (collectif MARA)

A moins de croire que la radicalité ne peut passer que par une racine unique, ne faut-il pas au contraire penser que pour être radical, c’est à dire pour produire un changement, pour être réalisable, tout projet politique doit avoir plusieurs racines fondamentales. Autrement dit, l’écologie ne saurait être radicale si elle n’a qu’une seule racine.

La responsabilité écologique de l’humain en tant que vivant au milieu de la nature est déjà une valeur partagée par de nombreux courants de la « gauche de gauche ». La justice sociale de l’homme œuvrant avec d’autres hommes dans la société aussi. Mais cette double exigence de responsabilité écologique et de justice sociale est-elle suffisante ? N’avons-nous pas oublié l’exigence ancienne de l’homme en tant qu’homme devant se montrer digne en compagnie d’autres hommes ? Nos sociétés occidentales « post-modernes » sont devenues des sociétés où la plupart des humains ne reçoivent que du mépris ou de l’invisibilité au lieu de la reconnaissance ; la société du capitalisme avancé est devenue une « société du mépris» suivant l’expression d’Axel Honneth. Ce qu’illustrent bien les nouvelles pathologies sociales comme par exemple ces « souffrances au travail » étudiées par Christophe Dejours. Réintroduire la question de ces souffrances dans le champ des revendications politiques, c’est admettre qu’elles ne peuvent pas se réduire aux questions de justice sociale ou de respect de la nature. Nos sociétés sont devenues humainement inacceptables, indécentes (au sens de la common decency de Georges Orwell) et chacun d’entre nous en est complice. La propagande véhiculée par la publicité, les industries culturelles et les médias exerce un contrôle quotidien sur l’imaginaire des individus manipulant chacun pour qu’il participe au démontage de sa propre humanité. L’idéologie (qui ne dit pas son nom) néolibérale a remplacé le lien social par le marché, les « liens » par les « biens ». C’est ainsi que la trame de nos sociétés n’est plus qu’économique. Au contraire, ne devrions-nous pas retisser une trame qui soit d’abord démocratique ? Car la démocratie représentative associée au système d’économie de marché a confisqué le pouvoir au profit d’une élite déterritorialisée. Nous devons réfléchir aux contre-pouvoirs, revendiquer du pouvoir et l’égalité de parole pour tous (isegoria).

Il nous semble que rajouter cette exigence de reconnaissance de l’humain aux exigences de justice sociale et de responsabilité écologique, c’est-à-dire ne pas se contenter de résoudre ensemble la crise sociale et la crise environnementale mais les lier à une crise de la dignité, peut rendre désirable une exigence radicalement écologique comme celle de la décroissance, désirable par le plus grand nombre et par là même faciliter l’émergence d’un mode de vie plus convivial où le mieux remplace le plus. Cette exigence réactive en effet l’éternel conflit entre la décence des hommes ordinaires et les exigences potentiellement meurtrières de toute « idéologie du bien » (JC Michéa), qu’elle soit rouge ou verte : car si l’écologie radicale ne veut pas être une écologie intransigeante, elle ne doit pas se contenter de remplacer la nécessité économique par une nécessité écologique. Pas plus qu’une croissance repeinte en verte n’est écologiquement acceptable, une tyrannie repeinte en verte n’est démocratiquement défendable. Pourquoi une telle revendication de décence et de dignité est-elle radicalement écologique ? Parce que l'écologie radicale, c'est l'humain, mais un humain qui n’est coupé ni de la nature, ni des autres, ni de soi.

Ainsi l’écologie ne peut prétendre être réellement radicale que si elle relie ces trois revendications en faveur d’une société socialement juste, écologiquement responsable et humainement décente. Trois axes de revendications autour d’une valeur commune : qui serait le goût pour la mesure.

  • Démocratiquement : toutes ces mesures contre la démesure de tous ceux qui ont un « goût pour la brigue » : contre-pouvoir, tirage au sort, non-cumul, etc.
  • Ecologiquement : réduire l’empreinte écologique globale des générations actuelles pour transmettre aux générations futures la même possibilité de responsabilité.
  • Socialement : défense par exemple d’une revendication de revenu minimum inconditionnel ; retour de la question de l’héritage.
  • Décemment : défense par exemple d’un revenu maximum ; le goût de la mesure est nécessaire ici pour affronter les difficultés de son instauration dans le temps et dans l’espace (pays riches/pays pauvres).

Enfin, tout projet politique, même équilibré autour des 4 pôles précédemment cités, ne peut se contenter de «gérer» son territoire mais doit s'élaborer dans le respect de la liberté et de la responsabilité des autres territoires. Imaginons par exemple une nouvelle Politique Agricole Commune européenne qui satisfasse non seulement ces 4 exigences mais également l'exigence du droit des autres peuples à l'autosuffisance alimentaire.

textes/l_ecologie_radicale_est_un_humanisme.txt · Dernière modification: 2008/08/10 21:45 par ekolo
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