méthodologie pour la démocratie
L'usage et l'utilisation des mots
Les définitions renvoient à des notions et des a priori (au sens philosophique du terme) différents si ce n'est divergents.
Les nuances des langues et les définitions des termes induisent des modalités de la pensée qui sont rarement clairement en conscience.
Ainsi la comparaison entre les termes concordants de deux langues permet elle de considérer ces nuances et d'éclairer les différences de conception que sous tendent ces nuances.
A ce titre, la manipulation langagière est elle une partie constitutive de l'action propagandiste.
« La langue politiquement correcte contribue à l'édification d'un vaste discours anonyme qui discipline la pensée de tous, tout en faisant taire la singularité de chacun » (« les mots détournés, outils de propagande » article en ligne ; cf également « la novlangue néolibérale » d'Alain Bihr, « propaganda » d'Edward Bernays, « la parole manipulée » de Philippe Breton, parmi d'autres).
Si nous interrogeons les notions sous tendues par les vocables, nous sommes amenés à reconsidérer leur utilisation, en fonction de nos conceptions globales du monde et de l'homme, de nos principes et de nos valeurs, et des buts que ceux ci nous conduisent à nous assigner.
Aussi apparaît il comme simple et inéluctable de devoir faire précéder l'action par la définition des valeurs, avant de pouvoir s'autoriser toute action.
Toutefois, la complexité de la tâche nous interdit de procéder de la sorte.
Nous devons entamer l'action avant d'avoir abouti la réflexion. Il nous faut travailler à nous confectionner des outils de pensée tout au long du chemin, en affinant nos intuitions qui souvent nous renvoient aux fondamentaux de nous même.
C'est une de ces étapes que je propose ici, en examinant les termes utilisés pour qualifier les rapports de production et d'activité humaine, leurs acteurs et leur dynamique.
Le choix de ces termes induit des positionnements politiques et théoriques, et les axes de l'agir. Il en est ainsi des termes de l'activité humaine et de son inscription dans les relations économiques.
Dans ce domaine, la réflexion habituelle est écrite en utilisant deux séries de vocables qui nous renvoient soit à la douleur soit la passivité.
Le travail renvoie au supplice, à la douleur. Appeler une partie de la population travailleurs renvoie à leur peine et à la fatigue.
Le salaire à l'argent donné en contrepartie: le salarié n'est pas caractérisé par ce qu'il produit, mais par ce qu'il reçoit, il renvoie à une charge, et non une production. Il n'y a pas lieu d'être fier de travailler, si ce n'est que contrainte !
L'utilisation systémique du vocable travailleur interdit le plaisir de faire, le sens de la réalisation qu'impliquait le terme ouvrier, celui qui œuvre et réalise la belle ouvrage. Etre travailleur, à la peine, amène à n'avoir comme objectif que de limiter cette peine la peine, et/ou de la faire payer le plus chèrement possible.
C'est une position de victime, qui exclut toute dynamique de l'action, toute revendication de s'approprier la production, de quelque manière que ce fut.
Cette position exclut la responsabilité dans l'agir, la capacité de faire. Elle n'induit que la résignation de la victime consentante, et son irresponsabilité quant à son sort.
Elle est à l'opposé de la dynamique ouvrière, qui réclamait son du, car le produit était son ouvrage, et non l'objet de son travail.
De même la catégorie en miroir de salarié, oblitère totalement l'action de production, pour ne retenir que la rémunération versée. La parole patronale oblitère l'échange travail salaire. En ne retenant que le salaire, elle nie la contrepartie, faisant de l'ouvrier, du producteur, une personne recevant sans donner en échange.
Les termes que nous utilisons doivent nous permettre de nous extraire de ce manichéisme et de cette dénégation, de construire une société dans laquelle prime l'utilité sociale du sujet et de son activité.
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