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valeurs et concepts

Ce texte est extrait du compte-rendu écrit par Jean-Pierre Dacheux après une réunion Alter Ekolo à Clermont-Ferrand, en décembre 2007.

Penser pour agir - Mettre la pensée en action (Jean-Pierre Dacheux)

Alter Ekolo n’est pas un parti politique. Un parti délimite un champ d’influence et en entreprend la conquête. À droite ou à gauche. Ce n’est pas notre approche de l’action citoyenne.

Alter Ékolo est un mouvement politique. Un mouvement met en œuvre un champ de forces et entreprend de modifier l’état social. A droite et à gauche.

Ce positionnement, à partir de ce qui nous fait être en mouvement, l’écologie politique, nous conduit à revisiter des concepts qu’on croyait bien installés dans le cadre social qui est celui de la France. Or ce n’est pas le cas. Nous voici donc amenés à ouvrir plusieurs chantiers pour redonner du contenu à des vocables qui sont employés sans qu’en soit maîtrisé le sens.

Le premier d’entre eux concerne le mot « gauche ». La gauche appartient à l’histoire de la pensée politique et n’est pas un vocable éternel. Il est daté. Il est relatif. Il n’est pas sacré. Ce fut un mythe utile. Il est impossible qu’il ne soit plus que la non-droite. Il s’agira donc de tenter l’inventaire des valeurs que la gauche portait et de celles que la gauche réinventée (avec, peut-être l’émergence d’un mot de remplacement) apporterait dans le débat citoyen.

Le second chantier concerne le mot « démocratie ». Qu’on le veuille ou non, démocratie, en 2008, signifie système politique dominant dans les pays à économie capitaliste. Le piège idéologique des libéraux consiste à laisser accroire que quiconque n’est pas un adepte de l’économie de marché est nécessairement un adversaire de la démocratie. Il s’agira donc d’exposer en quoi, en politique, comme en économie, la concentration des pouvoirs, le refus du partage détruisent le fondement même des idéaux démocratiques et comment il est possible d’effectuer un approche nouvelle de la démocratie dépassant les idées toutes faites qui pervertissent le vocable.

Le troisième chantier concerne évidemment le mot (ou plutôt les mots) qui décrivent la réalité économique dominante. Qu’on parle de capitalisme, de libéralisme et de ce qui s’y était opposé, le communisme et le socialisme, ou de ce qui s’y oppose encore, l’altermondialisme, il y a là une profusion de termes employés dans des sens différents et nous nageons dans la confusion. Il s’agira donc de dépasser les emplois hasardeux qui sont constamment faits de ces mots, d’en faire un tri méthodique, et de surmonter la facilité qui consiste à confondre une opposition radicale avec l’ajout d’un préfixe « anti », comme si être contre suffisait à se définir ! Bien entendu, anticapitalisme, et antilibéralisme sont des facilités intellectuelles. Il faut aller plus avant, pour pouvoir commencer à parler de « révolution »

Le quatrième chantier apporte un élément de réponse au troisième chantier, il concerne le mot « décroissance ». Le mythe de la croissance est le point fort et le point faible de la pensée libérale. C’est un élément central du culte idéologique des penseurs de droite, et de gauche (du moins de la gauche traditionnelle, de la fausse gauche). Le toujours plus, le productivisme, la fuite en avant économique, nous le savons, mènent au désastre. Reste à le démontrer pour disposer d’une argumentation solide et surtout convaincre la masse des citoyens. Mais l’anti-croissance est-elle la décroissance ? Il va s’agir de donner au mot un contenu autre que recul et diminution. Il importe de prouver que la maîtrise, le contrôle et l’équilibre, en économie, produisent une nouvelle richesse permettant à 10 milliards d’humains de vivre ensemble. Mince débat.

Le cinquième chantier, indispensable est, bien sûr, celui qui doit faire le ciment des quatre autres, celui qui concerne l’écologie. Le vocable subit au moins deux dérives : la dérive droitière, (celle de la croissance écologique), et la dérive scientiste, (celle des environnementalistes), dérives que récupèrent sans difficulté les politiciens en quête de salut pour leur pouvoir. L’écologie politique véritable résiste à ces deux poussées qui nous sortent du champ des luttes sociales. Au contraire, elle met en évidence qu’il n’est pas d’écologie et d’économie, de bonne gestion de la maison Terre, sans partage et hospitalité. Partage des biens et du pouvoir (pouvoir sur les décisions, pas sur les personnes !). L’écologie est politique ou n’est pas. La confiscation actuelle, par les médias au service des dominants, de cette thématique vitale constitue le principal danger du moment, un piège béant dans lequel sont déjà tombés ceux des écologistes, nombre de Verts en particulier, qui ne nouent pas un lien assez solide entre les trois composantes de la réalité politique universelle : l’urgence écologique, l’urgence sociale et l’urgence démocratique.

Ces cinq chantiers n’épuisent pas le domaine de réflexion, mais ils sont prioritaires parce que nous perdons beaucoup de temps et d’énergie intellectuelle dans des débats où les mots se chevauchent sans recouvrir les mêmes définitions. Nous ne pourrons rien recomposer sans redéfinition. C’est un travail. Un travail de longue haleine. Un travail intellectuel. Un travail politique ouvert à tous… C’est, à mon sens, le travail actuellement prioritaire d’Alter Ekolo, dont tous nos autres activités dépendent.

textes/penser_pour_agir.txt · Dernière modification: 2008/07/17 19:49 par ekolo
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