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faire de la politique

Ce texte a été écrit par Jean Lafont aux Verts pour leurs journées d'été 2008. Mais il est tout à fait pertinent dans le cadre de la réflexion présente.

Quelle voie pour l'écologie politique ? (Jean Lafont)

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Ce texte ne prétend pas constituer une analyse globale de la situation, qui devrait forcément être menée à une échelle internationale. Avec toutes ses limites, il se veut cependant un plaidoyer contre certaines impasses de l'écologie politique.

– Jean Lafont, le 5 août 2008

I – Un an de « réformes » sous la houlette d'un président omni-présent

sont en passe de dessiner un nouveau paysage dans les relations sociales et les rapports entre l'État et la société. Il faut prendre la mesure des changements en train de s'opérer, qui vont bien au-delà de la poursuite des tendances des dernières années. Se révèle, dans le même temps, la réalité d'une « opposition » de gauche, incapable de s'opposer, et qui affiche de plus en plus les liens qui l'attachent au système économique en place.

Surveillance policière généralisée de la société et d'abord des classes laborieuses sur fond de discours populiste et de renforcement des discriminations, étalement insolent des richesses de quelques-uns face à une précarité qui touche désormais une partie des classes moyennes, remise en cause du compromis social de l'après-guerre (remise en cause des protections sociales, démantèlement par petites touches du droit du travail, poursuite des privatisations, etc.), tels sont les traits les plus visibles de la période, chaque loi « remettant une couche » dans la violence sociale.

Sous le masque d'un retour au volontarisme politique, qui semble faire écho à l'aveu d'impuissance de Lionel Jospin il y a quelques années (« l'État ne peut pas tout »), s'opère une entreprise de soumission de l'État aux grands intérêts privés, sans précédent dans les dernières décennies : libéralisation à marches forcées des secteurs encore réglementés, ouverture du capital des quelques entreprises nationales qui émergent encore du paysage, repli de l'État sur ses fonctions répressives, avec disparition de pans entiers de services publics, introduction des principes d'efficacité du privé dans le fonctionnement des administrations, chacun pourrait citer autour de lui des exemples par dizaines. Loin de s’apparenter à une véritable décentralisation, les transferts de compétences aux collectivités locales constituent d'abord des transferts de charges ; l'interventionnisme de l'État en matière d'aménagement du territoire se focalise sur les pôles de compétitivité, dans le seul but de les insérer dans les réseaux de la mondialisation capitalisme.

Cette politique « de classe » présente des traits communs avec ce qui s'est produit en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher, à ceci près qu’après 30 ans de crise, de démantèlement de la classe ouvrière, d'individualisation des statuts des salariés, de montée de l'insécurité sociale, la mobilisation sociale reste le plus souvent dispersée, face à cette entreprise de destruction massive.

II - Tel est le cadre général dans lequel il convient de situer le Grenelle

, sous peine de ne pas comprendre ce qui se joue réellement dans le débat qui s'est ouvert. Le Grenelle est d'abord une réponse à la pression des organisations environnementalistes (rappelez-vous, le candidat Sarkozy le dernier de la classe !), transformée en « coup médiatique » et perçue comme une opportunité de rallier une partie d'une mouvance associative que la gauche au gouvernement avait déçue. Les limites de l'exercice sont évidentes – on l'a vu pour les OGM, le nucléaire, les autoroutes, … - et le verdissement du langage s'accommode fort bien des propos sur la relance de la croissance et du rapport Attali.

Pour autant, le Grenelle n'est pas une simple opération de communication. Il traduit aussi la prise de conscience des milieux économiques des risques liés au changement climatique et à la dégradation accélérée des systèmes vivants, du caractère limité des ressources et de l'augmentation inévitable et durable de leur coût, en premier lieu celui l'énergie. D'où la nécessité de s'adapter à ce nouveau contexte, qui offre par ailleurs des opportunités de profit pour ceux qui auront su saisir les premiers les promesses d'une « économie verte ». Le « développement durable » est le cri de guerre de ces nouveaux convertis, car c'est la preuve que l'on peut concilier croissance et prise en compte des urgences écologiques grâce au progrès technique ; c'est l'union sacrée entre les riches et les pauvres, les pollueurs et les pollués, dans un combat commun pour la sauvegarde de la planète. Le développement durable procède aussi d'une approche de « ménagement » de la nature, qui ne fait que renforcer le pouvoir des experts, érigés en garants de l'intérêt général, le citoyen-consommateur n'ayant plus qu'à faire ce que lui disent ceux « qui savent ».

Il est facile de se laisser prendre à ce discours - qui est appelé à se développer dans les années qui viennent - car il a la force de l'évidence : qui peut être contre la réduction, même modeste, des gaspillages ? contre les économies d'énergie ? contre des aménagements plus respectueux de l'environnement ? Ce discours en réalité est pernicieux, il détourne l'attention du « pourquoi ? » vers le « comment ? ». Derrière la dépolitisation qu'il opère, il possède une vraie fonction politique : ramener en arrière celles et ceux qui commencent à comprendre que la source des problèmes écologiques ne réside pas dans les agissements de quelques « patrons voyous », mais dans le système capitalisme lui-même.

III – Du fait que la crise écologique est devenue une évidence pour une large majorité de la population

, on a souvent tôt fait de conclure que les Verts auraient conquis l'hégémonie idéologique dans la société, que « nos valeurs structureraient le débat public ». C'est une erreur profonde. Cela signifie, à l'inverse, que nous avons été rattrapés par la société et que tant nos discours que nous pratiques de militants ou d'élus ne donnent pas l'impression d'être inspirés par un projet alternatif de société, en rupture avec la société actuelle. D'où la question – pertinente, même si elle nous est souvent posée par des gens mal intentionnés : « à quoi servent les Verts ? » - et à quoi serviront-ils demain.

Le trait de la critique est un peu forcé, j'en conviens – je l'applique à moi-même - et il serait injuste de généraliser, mais je crois que cela traduit bien l'image qui ressort, globalement, de l'action de notre parti. Faisons d'ailleurs l'exercice de regarder sans complaisance, non pas dans nos textes théoriques, mais dans notre propagande quotidienne, dans nos actes surtout, la place que nous accordons à la démystification de la croissance, à l'explication des liens entre le travail salarié et la crise écologique, à l'expérimentation sociale sur de nouvelles façons de vivre, de consommer, de produire, de distribuer – expérimentation que nous pourrions développer bien au-delà de ce que nous faisons, en prenant pour point d'appui les municipalités où nous avons des élu-e-s.

Sommes nous sûrs de savoir pour quoi nous nous battons ensemble ? Pour un meilleur partage des richesses, un peu plus de démocratie et de sobriété dans nos relations avec la nature ? Nous nous réclamons tou-te-s de la « transformation sociale », nous proclamons volontiers les liens entre l'écologique et le social, mais que mettons-nous derrière les mots? Sommes nous les héritiers des seuls combats historiques passés pour la démocratie et la justice sociale, ou revendiquons nous aussi les combats de la classe ouvrière contre l'exploitation et pour l'abolition du salariat ? Cela change clairement la perspective et le sens de notre projet.

Le flou qui entoure notre positionnement politique nuit certainement davantage à notre crédibilité extérieure que nos mauvais statuts. Il faudra bien choisir un jour. Cela devient d'autant plus urgent que le capitalisme est en train, à sa manière limitée, de s'emparer des enjeux environnementaux, et soyons sûrs qu'il les utilisera pour conforter sa domination. En fait, nous n'avons pas d'autre choix que « se radicaliser ou mourir » - comme force politique indépendante, s'entend !

IV – Avec qui ?

Face à l'impasse dans laquelle nous nous trouvons, nous sortons une nouvelle fois, la planche de salut de « l'unité des écologistes ». Au prix d'être taxé de sectarisme, je pense que c'est une profonde erreur, car les courants qui se réclament aujourd'hui de l'écologie recouvrent, en réalité, un spectre politique très large et des objectifs très divergents, depuis ceux qui se satisfont très bien du système actuel, pourvu qu'il se réforme un peu, jusqu'à ceux qui se battent pour une autre société. Qu'il soit possible de mener des combats partiels communs, oui; qu'il y ait intérêt à débattre au grand jour de nos divergences, et de faire apparaître l'opposition entre ce que nous appelions au congrès de Reims écologie d'accompagnement et écologie de transformation, encore oui. Mais parler d'unité de tous les écologistes est source de confusion, alors que nous devons aujourd'hui, plus que jamais, démasquer la fausse écologie que recouvre le Grenelle !

Une autre voie proposée, avec quelques variantes dans la présentation, est celle de l'union de la gauche et des Verts. Il est vrai qu'à l'aune du nombre d'élu-e-s aux dernières municipales, cette tactique semble payante, elle a même éclipsé le succès, qui aurait dû retenir davantage notre attention, des listes vertes, ouvertes, d'union avec des altermondialistes, qui se sont maintenues au second tour dans plusieurs villes. Il me paraît clair, et les débats actuels au sein du parti socialiste ne font que le confirmer, que ce parti n'a plus aucune capacité de transformation de la société et je serais prêt à tenir le pari que, s'il accédait demain au gouvernement, il conserverait l'essentiel des réformes de la droite, mais sans doute y mettrait-il davantage les formes. Dès lors, d'éventuelles alliances ne sauraient revêtir qu'un caractère tactique et être subordonnées à la préservation de notre liberté de parole et à la capacité d'utiliser les positions dans les institutions pour promouvoir notre projet, pour soutenir les expérimentations sociales dont j'ai parlé plus haut. C'est possible, mais cela suppose un rapport de forces et une grande fermeté politique.

Sommes-nous alors condamnés à la solitude ? Bien sûr que non. Mais pour cela, il faut nous ouvrir sur la société, dans les actes et pas seulement dans les motions de congrès. L'aggravation profonde de la situation des classes populaires, sous le double effet d'une exploitation accrue dans le travail et de la crise écologique, qu'elles subissent de plein fouet; en même temps, la multitude de mouvements et d'actions, bien qu'encore isolés, nous mettent au pied du mur : nous devons nous adresser à elles en partant de leurs problèmes, de leur propre expérience. L'écologie politique ne poussera des racines profondes dans la société que le jour où nous aurons compris que nous devons nous tourner résolument et prioritairement vers ces classes, qui constituent la majorité de la population et qui, aujourd'hui, n'ont plus de perspectives politiques.

Nous devons dans le même temps renouer avec le travail théorique sur les grandes questions des transformations du capitalisme et des stratégies du changement social, participer aux débats avec la sensibilité «antiproductiviste et antilibérale », qui partage une bonne part de nos questionnements, et avec laquelle nous pouvons travailler à construire un pôle de transformation écologiste et sociale.

textes/quelle_voie_pour_l_ecologie_politique.txt · Dernière modification: 2008/08/07 20:47 par ekolo
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