Ces lignes ont été écrites par Francine dans un message électronique, au cours d'une discussion, en réponse/écho au texte En avant pour construire du commun !, le 14 août 2008. Il est copié ici avec son accord.
Depuis 2005 et sa création, Alter Ekolo a conscience d’un fait politique fondamental : le niveau national n’est plus un niveau d’action politique pertinent. Face au capitalisme mondialisé, les États constitués ont de moins en moins de poids, leurs politiques se concentrent sur la sécurité et se défont du social, surtout ils sont conscients qu’il faut jouer au niveau transnational pour peser sur les décisions d’implantation des multinationales.
Nous ne sommes pas les seuls à le savoir, Lionel Jospin l’avait avoué, Nicolas Sarkozy se comporte comme le maire d’une grande métropole du monde plutôt que le chef d'État d’une République autonome et fière de l’être. Ulrich Beck a écrit dès 2002, un excellent livre sur le sujet.
Dès le départ, nous avons voulu créer une association européenne, pour essayer de remettre le politique au niveau où il devrait être transnational. Notre européanisation a été un échec. Certes nous n’avions pas suffisamment de moyens mais surtout nous avons eu des difficultés à chercher, trouver des partenaires et les conserver. L’Europe politique n’existe pas. L’opinion publique européenne non plus. Ce ne sont pas les quelques forums sociaux européens qui vont changer la donne. Ce n’est pas le parti Vert européen non plus (qui reproduit ce qu’il dit par ailleurs contester : un cartel de partis nationaux et qui est devenu l’agent d’une bureaucratie d’élus européens).
Nous sommes-nous trompés d’objectif ? Oui et non.
Nous sommes persuadés que l’écologie est l’avenir de la gauche. C’est la raison pour laquelle, nous avons construits des passerelles devenues des ponts avec les anti-libéraux. Mais un problème de taille subsiste : ils ne sont pas plus que nous au bon niveau politique, pas plus européens, pas plus mondiaux.
Tout ce passe comme si collectivement nous étions en déni de la situation réelle. Nous jouons dans l’espace qui nous est accordé. Quand nous sommes actionnés pour un rendez-vous électoral, nous voulons y aller (malgré nos critiques des partis et notre excellente analyse de la trappe électorale où ils sont tombés), quand nous avons un succès, nous voulons le faire perdurer en créant une organisation (même si on l’appelle force), mais toujours au niveau franco-français. Et comme aucune autre structure ne dépasse cette contradiction, rien ne nous oblige à nous interroger, à remettre en cause nos approches, à être un peu lucides.
Alors si nous voulons vraiment peser sur le réel, il est trop tard pour faire l’union franco-française, que ce soit des écologistes radicaux, des anti-libéraux, des deux ensembles (ce qui serait mieux), cela ne sert plus à rien.
Il faut inventer le politique au niveau mondial. Je ne sais pas comment on fait. Les forums sociaux mondiaux sont des pierres posées sur ce chemin mais n’ont pas la légitimité suffisante pour empêcher chacun d’entre nous de « faire où on nous dit de faire ». pourtant nous n’avons pas loin à aller chercher pour trouver l’utopie qui pourrait nous animer. Elle est là, à nos pieds : constituer l’humanité comme un monde démocratique. Mais soit cela paraît trop difficile (surtout quand on ne sait pas faire l’Europe), soit cela ne paraît pas assez radical, soit cela paraît trop vieillot car cela fait trente siècles que le processus a commencé. Je ne sais pas. En tout cas, cela n’intéresse que des « techniciens », ceux des droits humains, ceux de l’environnement, ceux du droit, qui ont déjà bien avancés.
Les politiques eux observent (où tous nous nous en contentons) les relations transnationales, vont faire un petit tour qui en Chine, qui aux États-Unis en espérant se faire élire ou bien en appellent à la communauté internationale pour faire cesser le scandale de la situation proche-orientale. Où cette fameuse communauté internationale ? Que sont devenues les conférences comme celles de Bandung ? La politique est locale quand elle devrait être globale, l’économie est globale quand elle devrait être locale.
Comment remettre les choses en ordre ? Je ne sais pas. Il faudrait un outil d’appropriation du débat démocratique et interpeller tous les événements qui se tiennent. Je suis consciente que la réponse est maigre…
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