Traductions de cette page?:

programme

(25 décembre 2008)

Sortir du nucléaire : une impérieuse et urgente priorité politique ? (Marie-Christine Gamberini, Roland Merieux)

Les choix énergétiques ne sont pas de simples choix technologiques suggérés par l'avancée de la science, l'opportunité du moment, la rationalité économique et l'intérêt du plus grand nombre. Eminemment structurants pour l'ensemble des activités humaines, ils sont déterminés par des considérations géostratégiques, et au-delà, à tous les niveaux – national, européen, mondial –, par des choix politiques explicites ou implicites que sous-tendent de véritables modèles de sociétés.

Dès lors, que penser de l’actuelle politique agressive française de « relance » du nucléaire menée par EDF et AREVA avec l'énergique soutien de Sarkozy ? A qui peut-elle bien profiter ? Dans quelle vision de la planète s'inscrit-elle, alors que 15 % seulement de la production électrique mondiale – soit 2,4 % de la consommation d'énergie finale commerciale de l'humanité – est assurée par les 440 réacteurs électronucléaires de fission actuellement en service sur Terre, que les réserves d'uranium aisément accessibles sont très limitées, et que le plutonium est un des pires poisons à court et long terme que le genre humain ait produits ?

Le nucléaire n'a jamais été une source d’énergie comme une autre. La complexité mathématique de la physique atomique, l'invisibilité des radiations, le caractère « différé » de la plupart de leurs effets et la confusion entretenue entre radioactivité « naturelle » et radioactivité artificielle ont permis tous les mensonges et toutes les manipulations.
Inauguré dès la deuxième guerre mondiale, le « secret défense » en matière atomique s'est vite combiné au « secret industriel », puis au « secret commercial ». Le tout dans un silence assourdissant de l'OMS, bâillonnée depuis 1959 par un accord avec l'Agence internationale de l'énergie atomique sur tout ce qui touche aux effets sanitaires de la radioactivité.

En France, que les gouvernements soient de droite ou de gauche, et sans que les électeurs ou le parlement aient jamais été consultés sur l'essentiel, il n’y a jamais eu de séparation entre instances nucléaires civiles et militaires.
Les attributions du Commissariat à l'énergie atomique, établissement public créé en 1945, illustrent de façon claire et cohérente cette politique ; l’usine de retraitement de La Hague fut ainsi financée à parts égales sur les budgets civils et militaires du CEA. Et quantité d'installations nucléaires françaises traitent encore en parallèle, de façon souvent indissociable, des matières civiles et militaires.

Sous prétexte de prise de conscience de « l’urgence climatique », de réduction des émissions de CO2, de sécurisation de l'approvisionnement énergétique et des transitions exigées par l’épuisement des hydrocarbures, l'industrie nucléaire tente d’accélérer ses programmes partout sur la planète.
Or selon l’Agence internationale de l’énergie, le scénario envisageant une relance maximale du nucléaire – avec 1 400 réacteurs supplémentaires d’ici à 2050, c'est-à-dire des investissements gigantesques (avec quels capitaux d'ailleurs ? quelles capacités industrielles ?) et un accroissement exponentiel des matières radioactives produites et mises en circulation – n'assurerait que 6 % de la nécessaire réduction des émissions de CO2.
Une étude menée en 1987 par le ministère français de l’Industrie révélait par ailleurs que la majorité des réductions obtenues depuis 1970 provenait des économies d’énergie plutôt que du remplacement de centrales thermiques classiques par des centrales nucléaires.

La foi illusoire et pernicieuse dans le nucléaire, lequel persiste à monopoliser en France près de 90 % des crédits de recherche en matière énergétique et favorise avant tout les grandes multinationales de l'acier et du béton, retarde donc tragiquement la mise en œuvre des vraies mesures équitables d’efficacité et de sobriété énergétiques capables de répondre aux urgences sociales et climatiques planétaires.

Dès lors, qui peut encore imaginer qu'une véritable transformation sociale et écologique en France et dans le monde, de l'ampleur nécessaire et dans les délais désormais requis, demeurerait concevable sans toucher à la nucléocratie ?

Reste la question des échéances… En 1997, un an avant l’arrêt définitif du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, se posait déjà le problème du renouvellement du parc électronucléaire français. Une bonne décennie plus tard, fin 2008, 4 des 58 réacteurs en service dans l'hexagone ont déjà dépassé les 30 ans ; 23 ont plus de 25 ans, 21 ont entre 20 et 25 ans et 6 ont plus de 15 ans.
Jusqu'à il y a peu, la durée d'amortissement d’un réacteur nucléaire, et donc sa « durée de vie » présumée « raisonnable », adoptée par tous les scénarios de « sortie », était de 25 à 30 ans. Dans le nouveau contexte de libéralisation du marché de l’électricité cependant, l’ancien président d’EDF François Roussely a fait arbitrairement passer cette durée de 30 à 40 ans, à seule fin de rendre l’entreprise plus attractive pour les investisseurs en assainissant son bilan financier.

Mais peut-on laisser croire que le métal des cuves, les tuyauteries et les circuits électriques des réacteurs vieillissants tiendront miraculeusement le coup jusqu’en 2020 ou 2025, voire davantage ? quand on constate la multiplication des incidents, accidents et problèmes de maintenance sur chacun d’eux, la dégradation croissante du climat social et les pertes de compétences (départs à la retraite plus ou moins volontaires, carence de nouvelles vocations…) dans le secteur de la production nucléaire ? quand les autorités reconnaissent que la survenue d'un accident majeur est désormais probable, se bornant à tenter de la banaliser à coups de simulations d'accidents fictifs, de calculs théoriques d'indemnités et de minimisation éhontée des effets des accidents réels ?

Alors que la question du stockage – parfois pour des centaines de millénaires – des déchets radioactifs à vie longue se pose avec de plus en plus d’acuité, peut-on encore considérer comme un « détail » le nombre d’années durant lesquelles la filière nucléaire va continuer à en produire massivement ? Sans oublier les fuites, rejets et effluents divers de produits chimiques et radiotoxiques qui contaminent invisiblement air, nappes phréatiques et sous-sol, menaçant les espèces animales et végétales, outre que les salariés et les riverains, et ce de la mine au réacteur et au lieu d'entreposage des déchets dits « ultimes », sans oublier les transports par route, mer, avion ou train ?

Enfin, peut-on s'accommoder du maintien d'une industrie qui gère ses salariés « à la dose » de radiations, et impose donc le recours structurel à une sous-traitance peu qualifiée et peu protégée pour effectuer les opérations les plus irradiantes, sauf à faire littéralement exploser son coût au kilowatt-heure, pourtant déjà bien sous-évalué ?

Plusieurs graves questions se posent donc désormais à nous :

  • Quelle politique de substitution au nucléaire peut-on définir et mettre en œuvre, en privilégiant une production électrique moins centralisée et moins gaspilleuse, à la fois économe en émissions de gaz à effet de serre et peu polluante, adaptée aux ressources locales et aux besoins locaux, capable de garantir une réelle autonomie énergétique (centrales à gaz en cogénération, pouvant à terme de fonctionner avec du biogaz de méthanisation, réseaux de chaleur, centrales à bois ou centrales mixtes charbon-biomasse ; solaire thermique, photovoltaïque, énergie de l'eau et des vagues, gros ou petit éolien, etc.).
  • Quelles priorités sociales, scientifiques, techniques, environnementales ? Quelles modalités à court, moyen et long terme ?
  • La politique étant l'art de rendre possible le nécessaire, quelles batailles concrètes mener dès à présent pour sortir rapidement du nucléaire (voir par exemple les éléments de scénarios en 5 ou 10 ans publiés par le Réseau Sortir du nucléaire, qui restent à décliner en programmes politiques) ?
textes/sortir_du_nucleaire.txt · Dernière modification: 2008/12/25 20:56 par ekolo.lx
Haut de page
chimeric.de = chi`s home Creative Commons License Valid CSS Driven by DokuWiki do yourself a favour and use a real browser - get firefox!! Recent changes RSS feed Valid XHTML 1.0